Entre
l’amuseur Beat Takeshi et l’auteur Takeshi Kitano, le
cœur du cinéaste balance : comment faire un film
de sa schizophrénie ? Réponse dans Takeshi’s
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Synopsis
: Beat Takeshi vit l’existence rapide, occupée
parfois surréaliste d’une célébrité
du showbiz. Son sosie blond s’appelle Kitano et
s’épuise à décrocher un rôle.
Kitano a une personnalité effacée,
timide il travaille pour vivre dans une épicerie.
Après avoir croisé Beat et avoir passé
une série d’auditions frustrantes, Kitano
semble tomber dans une série de cauchemars
éveillés où Beat et lui se
confondent…
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Kitano à Venise -
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Critique
: Takeshis’ est une vision façon fête foraine
cauchemardesque de la complexe psyché d’un cinéaste
: Takeshi Kitano. Frappant là où on ne l’attendait
pas, le cinéaste déverse sans retenue un
torrent d’images décousues, de visions, drôlatiques,
violentes ou oniriques sans qu’apparaisse à aucun
moment le moindre fil d’Ariane entre les scènes,
excepté le thème du « double Takeshi
». Le film se compose de variations sur le thème
de la schizophrénie réelle ou imaginaire
autour de laquelle se construit la vie professionnelle
de Takashi Kitano : star populaire de la télévision
japonaise en tant que Beat Takeshi ou cinéaste
proclamé auteur par l’Europe sous le nom de Takeshi
Kitano.
Il
n’apparaît pas exactement ici sous ces deux aspects
car s’ajoutent à cette dualité quelques
névroses : un fort syndrome d’imposture dû
au manque de confiance en soi devant le succès
ou encore un doute permanent sur la valeur artistique
de son œuvre. Il est donc à la fois cette star
adulée, qui se met en scène dans des rôles
parfois absurdement violents de yakusa sensible et ce
looser timide qui refoule une violence terrible qui grandit
en lui devant tant d’injustice. Kitano signe ici son «
Huit et Demi » où la seule cohérence
se cache dans sa propre personnalité. Il fait une
déclaration presque morbide à son public
dont il explique qu’elle va lui servir à tourner
une page sans toutefois préciser laquelle.
Takeshis’
pose des références constantes à
son oeuvre : tueries ultra-violentes, contemplation sur
une plage avec une femme ou un enfant, scènes singulières
de silence, humour trash ou de comique de situation, etc.
Une femme malveillante, totalement pénible, qui
revient dans chaque scène pour exaspérer
Takeshi jusqu’à la lie constitue par exemple une
sacrée trouvaille de personnage, la « femme
à baffes » en quelque sorte, suivie du yakusa
débile, de l’enfant prodige et des frères
sumos. Mais toutes ces pièces disparates, à
l’instar du jeu de Mah-jong auquel sont accros les deux
héros doppelgänger, sont constamment bousculées,
dérangées remises en ordre, mélangées
jusqu’à l’écœurement, jusqu’au délire
le plus total sans que jamais la poésie de Federico
Fellini ne soit malheureusement égalée.
Parfois trop long avec des « tunnels » impressionnants
dans la narration, le jeu dont la partie se déroule
ici demeure obscur, parfois surprenant. Inclassable, Takeshis’
tient à la fois de la confession presque insoutenable,
crépusculaire, du foutoir le plus total et de la
catharsis salvatrice.
Delphine
Valloire