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A SCENE AT THE SEA
Titre japonais . Ano Natsu Ichiban Shizukana Umi / 1991
Acteurs : Kurodo Maki, Hiroko Oshima, Sabu Kawahara, Susumu Terajima, Katsumi Yanagishima
Réalisateur : Takeshi Kitano
Producteurs : Hisao Nabeshima, Takio Yoshida
Musique : Joe Hisaishi
Durée : 101 Min
Genre : Drame
[ LA BANDE-ANNONCE ]

INTRODUCTION :
Ce film est l'oeuvre la plus mystique de Takeshi Kitano. Rien ne laissait supposer que le réalisateur, après Jugatsu, allait suivre un chemin aussi étrange. Prenez Sonatine, enlevez tout les dialogues et scènes d'actions, gardez la musique de Joe Hisaishi et les plans panoramiques et vous obtiendrez "A scene at the sea". Un film attachant et obsédant sur l'obsession, marqué par l'horizontalité de la mer et du paysage, un sens aigu de la répétition et un esprit très zen. Encore plus difficile d'accès que les autres oeuvres de Kitano (car encore au stade expérimental), ce film, pour peu que vous vous imergiez totalement dans l'ambiance planante, ne pourra qu'être une expérience enrichissante ! 1h40 de tripes métaphysiques qui ne plaira certainement pas à tous :-)

TAKESHI KITANO : "La mer que vous voyez sur l'affiche est très belle, mais il se trouve qu'au Japon, elle est partout polluée. Dans les yeux de ces sourds-muets, la mer est plus belle qu'elle n'est dans la réalité. De même que les aveugles ont une oreille musicale plus forte que la moyenne, j'ai pensé que si mes personnages n'entendaient pas, ils développeraient le sens de la vue qui leur permettrait de voir des choses que nous ne voyons pas"

L'HISTOIRE :
Shigeru, un éboueur sourd-muet, est obsédé par le surf et par les vagues. Trouvant une vieille planche de surf, il passera tout l'été sur la plage, subissant les railleries des autres surfeurs présents qui le croient incapable de chevaucher la mer. Sa petite amie, une jeune femme effacée, l'aide à maîtriser l'océan pour lui permettre d'accéder aux compétitions et aux victoires. Cependant, persévérance est rarement synonyme de succès et le jeune Shigeru finira par être détruit par cette passion illogique et dévorante.

Studio Magazine (n° 146) :
Réalisée en 1991, cette histoire d'un jeune homme sourd et muet, qui lâche son métier d'éboueur et se met en tête de devenir champion de surf avant de disparaître dans l'océan, appartient plus à la période d'apprentissage du metteur en scène japonais qu'à sa floraison artistique. Certes, on retrouves quelques-uns de ses thèmes de prédilection: fascination pour la mer, priorité aux silences (et pour cause), marques d'affection réduites au strict minimum, mais aussi une propension à la musique dégoulinante, aux effets répétitifs, au burlesque, aux plans vides et à l'intrigue rachitique.

Thierry Jousse :
Ici, Kitano n'a plus même besoin de raconter une histoire au sens traditionnel du terme, il lui suffit d'épouser la trajectoire de son personnage. L'adolescent pasolinien qu'il a choisi est éboueur et sourd-muet. Mais voilà qu'il se prend d'une folle passion pour le surf, exprimée avec tout le laconisme propre au cinéma de Kitano et à la mutité du personnage. Travaillant sur la répétition des mêmes gestes, ceux du surf, comme elle le fera plus tard dans "Kids Return" pour la boxe, la mise en scène fait fi de toutes les motivations et autres articulations psychologiques, sociales, esthétiques. Rien n'explique cette soudaine passion, sinon le devenir lui-même.
A l'image du srufeur sour-muet, tous les personnages de Kitano sont en réalité des qui semblent mues par un magnifique mouvement d'auto-engendrement. Ils sont comme orphelins à l'écran, venant de nulle part et n'allant nulle part, sans parenté ni cousinage, de passage sur cette terre. Ici, l'abstraction mélancolique et presque angélique du jeune homme éboueur va très loin, ce qui n'empêche aucunement de croire à sa présence en tant que corps prolétaire, issu d'un certain terreau social.
Aérien plus qu'aquatique "A Scene at the Sea" revient sur l'insistance et délicate question du suicide avec une grâce infinie. Kitano a bien filmé la mort du jeune homme, mais il a préféré la couper au montage. Cette décision lui permet de manifester la disparition du surfeur comme une évaporation dans la mer, indiquant superbement et plus nettement qu'ailleurs elle-même est océanique, qu'elle n'est pas un événement mais un devenir. On ne peut ainsi jamais filmer la mort en tant que telle mais seulement une pente, une ligne, un mouvement, une asymptote. Ce qu'on peut précisément appeler un devenir.

[ LES IMAGES DU FILM ]

ACHAT DU FILM :
Le DVD n'est toujours PAS disponible ici. Version s-titrée anglais: Nippon-Export