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KITANO DE A à Z

A comme anglais

" Je n'ai pas tourné Aniki mon frère aux Etats Unis pour faire un film en langue anglaise, mais parce que je voulais montrer des yakuzas dans un contexte différent. L'anglais n'a pas été un problème pour moi sur ce tournage. En fait, je n'ai pas cherché à diriger les comédiens parlant anglais : j'avais été très attentif à leur façon de s'exprimer lors des auditions et très sélectif. Aussi, une fois sur le plateau, je les ai laissés jouer. J'avais juste un assistant qui vérifiait qu'ils disaient bien leur texte."

B comme Brother

" En japonais, les yakuzas s'appellent "frère" entre eux. Et, en anglais, ça se dit "brother" [le titre original de Aniki, mon frère]. Tout simplement. L'idée de ce film est venue du fait qu'en Europe on me demandait très souvent : "Qu'est-ce qu'un yakuza?" J'en ai eu assez et je me suis dit : "je vais leur montrer ce que c'est, un vrai yakuza." "

C comme costume

" Jusqu'à présent, je n'y prêtais pas particulièrement attention. Mais il se trouve que j'ai parlé de Aniki, mon frère à mon ami Yohji Yamamoto, qui m'a aussitôt demandé : "Laisse-moi faire les costumes!" je me suis dit: "Pourquoi pas?" je, le connais depuis longtemps et je savais qu'il ferait quelque chose de bien. "

D comme dédoublement

" Mon être est composé de deux doubles professionnels: un devant la caméra et l'autre derrière. Comme deux marionnettes que j'utilise en fonction de mes activités. Quand je fais mes shows télé au Japon, je sors ma marionnette Beat Takeshi. Et quand je fais de la promotion en Europe, j'utilise la marionnette Takeshi Kitano... "

E comme enfance

" Dans mes films, le rapport à l'enfance est souvent douloureux. Peut-être parce que j'ai été élevé de manière très stricte, très rigoureuse. Ma mère voulait absolument que je devienne ingénieur. Elle m'interdisait toute détente. je n'avais pas le droit de m'amuser, ni même de lire! je devais uniquement travailler, pour être un jour ingénieur et "soutenir l'industrie japonaise en pleine croissance"! Cette enfance malheureuse que je montre dans mes films, c'est peut-être une réminiscence de la mienne. "

F comme femme

" Je reconnais que, dans les scénarios que j'ai écrits jusqu'à présent, les femmes n'ont pas une présence... disons, très " positive ". Mais ça va changer! (Rires.) Vous pouvez me faire confiance... Avant, on me reprochait de faire uniquement des films violents, et en réaction j'ai tourné L'été de Kikujiro. Maintenant que l'on me dit que dans mes films les femmes n'ont pas le beau rôle, j'ai décidé que, dans le prochain, le personnage féminin principal serait le moteur de l'histoire. je ne suis pas spécialement influençable, mais quand on me dit des choses qui me touchent, je rectifie le tir. "

G comme genre

" Il se trouve que, par hasard, j'ai commencé ma carrière de réalisateur avec un film noir, Violent Cop, et que ce genre représente proportionnellement la plus grande part de ma filmographie. Mais il n'y a pas que ça... En tant que spectateur, J'aime bien les films de gangsters, dont, bien sûr, Le samouraï de Melville. J'aime bien le ton de ce cinéaste. "

H comme honneur

" Mon honneur, c'est de ne pas travailler pour un studio d'Hollywood, même si on m'y faisait un pont d'or. "

I comme influence

" J'aime les films de Melville, mais ils ne m'influencent pas. La culture des gangsters japonais est loin d'être celle du milieu parisien. Quant à Tarantino, je vais mettre les choses au point: je ne subis pas son influence, C'est le contraire! "

J comme jeux

" C'est vrai qu'on joue à toutes sortes de jeux dans mes films. Il y a deux raisons à cela. La première, c'est que, comme je vous le disais, ma mère m'interdisait de jouer quand j'étais enfant et c'est pour moi une façon de me rattraper. La seconde, c'est que les yakuzas ne passent pas leur vie à s'entre-tuer. Alors pour passer le temps, ils jouent. Beaucoup. "

K comme Kitano

"Je ne peux pas dire si mon nom est devenu un label de qualité. Mais je suis très conscient du fait qu'il représente une prison potentielle. C'est pour ça que j'ai fait L'été de Rikujiro, pour ne pas être enfermé dans un genre. On m'a dit alors : "Attention, tu es en train de détruire l'image de cinéaste de Kitano." Mais ça m'est complètement égal. Au contraire, si on pouvait me libérer de cette image! Quoi qu'il arrive, je ne me laisserai pas piéger. Sans pour autant chercher à chaque fois à changer de direction, je me contenterai de faire les films dont j'ai envie, qu'ils soient attendus ou pas. "

L comme légende

" On dit que je fais des films de yakuzas parce que mon père en était un : ce n'est pas vrai. Mais si les gens veulent le penser, qu'ils le pensent. Je ne peux rien faire contre les légendes que des personnes, dont certains proches, colportent à mon sujet. À part en rire! Et si ça fait plaisir aux spectateurs d'imaginer que je suis comme les personnages que j'interprète, ça m'est égal. "

M comme mort

" Alors qu'avant, tous les Japonais étaient prêts à sacrifier leur vie pour l'empereur, dans le japon d'après guerre, le mot d'ordre est devenu : "Il faut vivre joyeusement." Et on a complètement occulté la mort. je trouve que c'est une erreur. Mourir, ça fait partie de la vie. Il faut réintroduire l'idée de la mort dans nos vies. C'est ce que je fais dans mes films. "

N comme nostalgie

" J'ai la nostalgie de mes débuts, quand j'ai commencé comme comique sur une scène du quartier de Sakusa. J'y pense tout le temps. Quand je me débattais pour réussir, quand je crevais de faim, je ne pouvais pas imaginer que j'en serais là aujourd'hui. je trouve bizarre, trente ans plus tard, de me retrouver face à vous pour répondre à vos questions. "

O comme Office Kitano

" Juste avant que je crée ma société de production, Office Kitano, je faisais partie d'une agence artistique. À cette époque, j'ai eu une embrouille avec des journalistes, les yakuzas s'en sont mêlés et ont menacé cette agence dont je faisais partie. Du coup, celle-ci m'a demandé de la quitter pour ne pas avoir d'ennuis. Voilà pourquoi j'ai monté Office Kitano : ce n'était pas spécialement pour avoir le contrôle artistique... "

P comme plage

" Effectivement, il y a des scènes de plage dans tous mes films. Il y en a même qui se déroulent entièrement sur une plage [A Scene at the Sea, Sonatine]. Et comme on me demande souvent pourquoi, j'ai bien été obligé de trouver une réponse... En fait, je suis troublé par la théorie de l'évolution et le fait que toute forme de vie sur terre vient de la mer. Alors, pour moi, c'est important de montrer des tueries ou des trahisons là où justement la vie a commencé. "

Q comme quiétude

" Cette nouvelle quiétude de mes personnages, tant dans l'été de Kikujiro que dans Aniki, mon frère, est simplement temporaire. Je ne tends pas vers la quiétude. Dans mon prochain film, je ne serai pas du tout quiet. "

R comme réalisation

" Je ne peux pas dire que réaliser soit pour moi un plaisir. C'est plutôt un défi. Car, à chaque fois que je termine un film, je m'aperçois qu'il y a encore plein de défauts. Mais c'est pour ça que je continue à tourner. Le jour où j'aurai fait le film parfait, je m'arrêterai. "

S comme satisfaction

" Sur un tournage, je ne suis jamais satisfait. Peut-être le serai-je le jour de ma mort "

T comme tatouage

" Ce n'est pas moi qui le dessine. Les tatouages que vous avez pu voir dans L'été de Kikujiro ou dans Aniki, mon frère sont des motifs traditionnels dessinés par de vrais tatoueurs de yakuzas. "

U comme univers

" Il y a l'univers en expansion et celui en concentration. Celui qui m'intéresse le plus est celui qui va vers l'infiniment petit. "

V comme violence

" On croit que la violence est opposée à la gentillesse ou à la douceur, alors qu'il y a une relation très nette entre les deux comme un phénomène de balancier. Pour toute la douceur et la gentillesse de Kikujiro, vous recevez maintenant en réponse la violence dAniki... "

W comme Walter PPK

" C'est vrai que je suis obligé de me servir de flingues dans mes films, mais je ne suis pas pour autant un expert. Je ne manie pas les armes à feu, mais je n en ai pas peur. "

X comme xénophobie

" Aniki, mon frère raconte l'histoire de minorités qui s'unissent pour lutter contre les dominants. Le fait que l'un des personnages principaux [interprété par Omar Epps] soit noir n'est pas plus important que ça. "

Y comme yakuza

" Celui que je montre dans Aniki est un yakuza typique, comme on en voyait dans les années 60. Au quotidien, j'en connais beaucoup, il y en a même que je fréquente. Il y avait plein de yakuzas dans mon voisinage quand j'étais enfant. J'ai d'anciens copains d'école qui le sont devenus, certains sont même devenus chefs de gang.

Z comme zygomatique

" Qu'est-ce qui me fait rire? Avant mon accident de moto, je riais souvent de la mort... Mais, d'une certaine façon, celle-ci s'est vengée. (Silence.) Je me fais rire en disant que je suis mon plus grand fan et mon meilleur critique! "

[ Interview : Patrick Fabre ]