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KITANO PAR KITANO

Au cours des douze derniers mois, nous avons rencontré Takeshi Kitano à maintes reprises. C'était à l'occasion de la sortie de ses sixième et septième films ou de rétrospectives qui le mettaient à l'honneur. Les heures d'entretien se sont accumulées. Plutôt que de tout regrouper sous forme d'interview, nous avons préféré le faire selon les thèmes que le cinéaste aborde le plus volontiers. De sa jeunesse à son dernier film, Hana-Bi, l'immense Kitano se raconte.

SOUVENIRS DE JEUNESSE
Mon père est mort quand j'étais très jeune et ma, mère a toujours refusé de me parler de lui. Ou seulement par bribes, ce qui explique qu'il me soit très difficile de reconstituer son histoire. Il était peintre en bâtiment, je croîs, mais il a fini par gagner son pain en faisant ce qui le passionnait : des objets en laque. Avec le temps, il est même devenu très bon, artisan. Il était aussi maître de danse traditionnelle japonaise, ce qui ne rapportait pas beaucoup d'argent. Sa mère (ma grand-mère) jouait des instruments de Kabuki et descendait elle même d'un maître de Kabuki, On ne sait pas très bien si mon père était un enfant naturel ou non. Toujours est-il qu'il existe cette tradition de gens du spectacle dans ma famille.

Je crois que mon père était très proche des yakuzas. Je n'aime pas beaucoup en parler mais, oui, il faisait plus ou moins partie du milieu. Il s'en vantait d'ailleurs, il aimait parler de ses relations. Ceci étant, je ne crois pas qu'il ait été à proprement parler un gangster, Il avait bien les épaules tatouées mais il avait toujours son petit doigt, par exemple... C'était un joueur, il pariait et perdait tellement d'argent au jeu qu'il ne pouvait plus payer le loyer. C'est pour cela que nous devions si souvent déménager. On finissait toujours par se faire expulser... Nous avons donc changé plusieurs fois de résidence, en passant, d'Asakusa, le beau quartier populaire de Tokyo où je suis né, à Senju, un quartier très pauvre où mon frère aîné habite toujours. Je précise que la vie y est très différente de ce qu'on en voit généralement -la ville basse v est décrite dans les films comme un quartier très chaleureux où tout le monde s'entraide. Dans la réalité, on n'a pas le temps d'établir des relations, de bon voisinage. La vie y est très difficile. À l'époque, et je crois que c'est encore le cas aujourd'hui, Senju était peuplé d'artisans : des charpentiers, des marchands de vins, beaucoup de Coréens, bref des gens qui ont du mal à s'intégrer dans la société japonaise, et puis les chiffonniers. Là bas, les enfants:n'allaient pratiquement jamais à l'école. Ceux qui réussissaient a intégrer l'université se comptaient sur les doigts clé la main et on se disait simplement qu'ils avaient eu de la chance.

Chez nous c'était un peu différent parce que ma mère était très stricte. Elle venait d'une famille d'officiers et avant de rencontrer mon père. Elle avait été l'épouse d'un lieutenant-colonel d'infanterie. Étant diplômée de l'école normale (elle était préceptrice),elle tenait à ce que nous ayons une véritable instruction. Sans l'avoir vraiment choisi, j'ai donc été l'un des privilégies de mon quartier et je me suis retrouvé à l'université de Meiji à l'époque des troubles. Meiji était 1'un des bastions, de la résistance étudiante. À l'époque, les groupuscules marxistes-léninistes étaient innombrables. Nous, nous étions le fief des étudiants proches de l'internationale socialiste. Le président de l'association étudiante faisait partie de ma faculté.

C'était un beau parleur et je me suis laissé entraîner dans une manifestation contre la hausse des frais de scolarité. Ca m'amusait parce qu'on nous distribuait des casques. A un moment, on nous a dit de charger le commissariat du coin. J'étais devant, coincé entre les C.R.S. et les manifestants, et on me donnait des coups de bâton sur la tête, C'est là que j'ai laissé tomber le militantisme : j'étais d'accord pour m'amuser mais certainement pas pour prendre des coups. En fait, je ne connaissais rien ni à Marx ni au socialisme, je n'étais pas " concerné ". J'aurais pu être diplômé de l'université si je l'avais voulu (il suffisait de rédiger un rapport) mais je n'en voyais pas l'intérêt si c'était pour devenir un " salary man ", un employé. Alors, j'ai quitté l'université à l'âge de vingt ans et j'ai multiplié les petits boulots avant de faire le comique.

"BEAT TAKESHI"
J'ai commencé comme comique et j'ai toujours adoré ça, même si, depuis mon accident, je ne peux plus supporter aussi longtemps la tension nerveuse que cela implique. Dans le premier cabaret où j'ai travaillé j'ai appris la danse, les claquettes et l'expression corporelle. Mais au moment même où je débutais, un nouveau style comique reposant essentiellement sur le langage est apparu simultanément à Osaka et à Tokyo, C'est dans ce premier métier que résident assurément les fondations de tout ce que j'ai fait par la suite. À la base, je suis un bateleur, un bonimenteur, Et lorsque j'ai voulu élargir mon registre et m'imposer comme acteur dramatique, le public ne l'a pas accepté. Les Japonais ont du mal à se défaire de leur premières impressions. Pour eux, j'étais " Beat Takeshi " le comique, point final. J'ai l'habitude de dire que Furyo d'Oshima est mon premier vrai film. C'est en tout cas mon premier grand rôle sérieux, vraiment tragique. Eh bien, les spectateurs hurlaient de rire dès que j'apparaissais à l'écran. Cette situation a duré un petit, moment, et puis, juste avant de tourner Violent Cop, j'ai joué dans une série télévisée qui eu un très grand succès : Hokabuki Hoshi, l'histoire du meurtrier dé sept ou huit femmes. J'avais découvert entre-temps l'existence du clown blanc dans le cirque, un personnage qui fait rire le public mais dont les expressions sont empreintes, de mélancolie et de douleur, et je m'en suis inspiré pour ce rôle. Comme la série a très bien marché, c'est devenu ma marque de fabrique en tant qu'acteur, une image que j'ai pu utiliser dans mes propres films au risque d'en être là encore prisonnier. -Et ça n'a pas loupé.

quand j'ai parlé du projet Boiling Point aux gens de la Shochiku, j'ai précisé qu'il y avait un personnage de yakuza. Ils ont aussitôt répliqué que je devais jouer le rôle, ce que je comptais faire de toute façon. Je ne pouvais pas jouer le personnage principal et je m'étais donc créé ce petit rôle pour moi. Avec le recul, je crois que c'était une erreur. Je ne suis pas très fier mais j'avoue que le personnage me plaisait tellement que je l'ai étoffé par une sorte de caprice narcissique. A l'arrivée,, c'est ce qui a déséquilibré le film. Pou A Scene at the Sea, j'étais pour la première fois mon propre producteur et j'ai retenu cette leçon. Si j'avais vraiment tenu à jouer un rôle dans ce film, il aurait fallu inventer un personnage de yakuza qui surveille le bord de mer. Et j'aurais encore tout salopé.

LA SOCIETE JAPONAISE
Traduire yakuza par gangster est peut-être une erreur... En fait, les yakuzas participent à la vie quotidienne des gens même s'ils sont dangereux. D'une certaine façon, ils font régner l'ordre, ils remplissent un peu le rôle des flics. Je ne sais pas comment les gangsters étrangers gagnent leur vie mais je vais vous donner, un exemple de ce que je connais. Dans mon quartier, il y avait des usines de jouets qui n'arrivaient pas à satisfaire la demande parce qu'elles exportaient beaucoup. Oh travaillait donc aussi à domicile et les yakuzas intervenaient pour organiser, distribuer cette production supplémentaire. Ils prenaient leur pourcentage bien sûr, mais ils tenaient un rôle économique non négligeable. Encore aujourd'hui, ils servent de gardes du corps bistrotiers et à tous les commerçants de quartier. Ils officient en fait dans les endroits où des rixes sont susceptibles d'éclater. Au fond, ils assurent la sécurité, et la tranquillité du voisinage, Ils vont jusqu'à régler la circulation à la sortie des usines en cas de grosse affluence. Ils remplacent vraiment les services publics lorsque ceux-ci sont insuffisants. Même la police est satisfaite de leur existence. Ce ne sont pas automatiquement des malfrats avec d es flingues, ils sont intégrés à la société. C'est si vrai que l'ensemble des catégories socioprofessionnelles qui ne fonctionnent pas sur le rythme des salarymen est appelé," le-monde des yakuzas ". Non pas que le crime y soit omniprésent mais des micros sociétés comme le show-business ou le mon de du sport sont régies par des codes et des systèmes de hiérarchie très proches de ceux en vigueur chez les yakuzas. C'est le cas en particulier à la télé.

Quand j'ai commencé, il y avait tout une nébuleuse de secrétaires, de gardes du corps ou de chauffeurs autour de mon maître. Quand il allait dans un bar yakuza, le chauffeur devait l'attendre parfois pendant des heures. Et il ne s'agissait pas de rester tranquillement , dans la voiture, il devait l'attendre debout à l'extérieur, même s'il pleuvait ou neigeait, sans avoir le droit de se protéger, avec un parapluie. Ce sont juste des règles auxquelles tout le monde se conforme. Enfin, presque tout le monde. Mon chauffeur, lui, a la permission de rentrer chez lui et même de boire en ma compagnie, beaucoup plus que moi d'ailleurs. Mais aujourd'hui encore, il n'est pas rare de voir le chauffeur d'un yakuza philosopher avec celui d'un présentateur télé pendant que leurs maîtres se saoulent la gueule dans le même bar. Ces systèmes de codes sont indéracinables au Japon parce que tout fonctionne sur l'idée de clan. La solitude, la marginalisation sont insupportables pour les Japonais. À l'école, un des grands jeux consiste à isoler complètement un enfant, à l'ignorer collectivement. C'est si insupportable que beaucoup se retrouvent acculés au suicide. " Mura Hachigu ", le mot qui désigne les exclus, signifie en f ait " les 8/10èmes ". Ce qui veut dire que les marginaux ne peuvent compter sur la société que pour 2/10èmes de leur existence, la naissance et la mort. Pour le reste ils doivent se débrouiller. C'est une notion si effrayante pour un Japonais, que l'expression a été proscrite.

LA MISE EN SCENE
Je connaissais Oshima via la télévision, mais c est sur le plateau de Furyo que je l'ai découvert comme metteur en scène de cinéma. J'étais surtout impressionné par la masse de gens qui étaient là à ses ordres et qui le traitaient comme un empereur. Je ne voyais que l'aspect marrant de la chose et c'est probablement cela qui m'a tenté lorsqu'on m a proposé de réaliser Violent Cop. Je vivais très bien de mes shows à la télévision et je savais donc qu'un échec au cinéma ne représentait pour moi aucun risque d'un point de vue professionnel, que mon avenir ne serait pas remis en question. Au pire, je pourrais m'en servir pour élaborer un sketch...
Malgré cela,,j'étais sur mes gardes pendant les premiers jours de tournage. Je m'attendais aux pires vilenies de la part de l'équipe. Au Japon, il y a une tradition de bizutage des réalisateurs débutants. Je savais que les membres de l'équipe allaient me tendre des pièges, refuser de coopérer avec moi. D'un autre côté, j'avais la réputation d'être parmi les comédiens de télévision les plus insolents et ils avaient autant peur de moi que moi d'eux. Le premier jour, je suis arrivé sur le plateau en portant une armure de samouraï pour protection ce qui, a immédiatement désamorcé toute tentative d'intimidation. Sur Violent,Cop, je pensais m'en tirer parce que, sur mes plateaux télé, j'avais l'habitude de travailler avec cinq caméra et de m'occuper de la réalisation. J'ai vite compris que ce sont deux moyens d'expression totalement différents. Au cinéma, la taille de l'écran, la profondeur de champ, les combinaisons de couleurs sont déterminantes. Vous pouvez vous permettre des plans séquences aussi longs que vous le souhaitez et qui ne seront pas interrompus par de la publicité... A la télé, quel que soit la qualité votre émission, il y a de la pub en plein milieu.

Après Violent Cop, j'avais le sentiment de ne pas vraiment avoir compris ce qu'était le cinéma. Mais cela m'avait beaucoup plu et je brûlais de maîtriser ce nouvel outil que l'on avait mis a ma disposition. Du coup, sur Boilling Point, je me suis mis en tête de choisir des angles particulier afin d'élaborer un style original. Je voulais suggérer que l'histoire était entièrement rêvée. Je ne trois pas avoir réussi, très peu de gens l'interprètent ainsi. Mais c'est un peu mon film chéri. Je l'aime d'une façon assez particulière, comme des parents peuvent aimer un enfant monstrueux. Je crois qu'il mérite un match retour. Un jour, je lui trouverai une suite. En fait, ce n'est qu'avec Sonatine que j'ai eu le sentiment de franchir un premier palier en tant que metteur en scène. C'est pour cela que je lui ai donné ce titre : au cours de l'apprentissage du piano, on étudie différents types de morceaux. Quand on en arrive à la sonatine, cela signifie que l'on a enfin acquis les bases et que l'on peut désormais choisir ce que l'on veut jouer. On ne peut pas vraiment parler de maîtrise mais la sonatine marque la fin d'une première phase de l'apprentissage. C'est précisément pour cela que je me suis lancé dans le projet de Getting Any ?. L'idée était bien sûr de me moquer du cinéma japonais traditionnel mais surtout de faire voler en éclats mon propre cinéma. Je déteste ce qui est préétabli et je voulais invalider toute idée préconçue de ce que devait être un film de Takeshi Kitano, Il me semblait qu'avec Sonatine la boucle était bouclée, que j'avais achevé une sorte de cycle et que je devais tout casser avant de me lancer dans une nouvelle direction. Résultat, Gétting Any,? est incontestablement un beau ratage. C'est un travers de mon caractère. Si j'étais marathonien j'attendrais le dernier kilomètre pour m'effondrer et laisser tout e monde me passer devant. J'ai un esprit d'autodestruction extrême qui me surprend moi-même. Au lieu de tenter de se suicider à l'époque de Dodes Kaden, Kurosawa aurait mieux fait de réaliser un film complètement déconnant. C'est ce que j'ai fait avec Getting Any ? qui est un suicide symbolique. Quant à Kids Return, je le vois comme une espèce de renaissance et en même temps comme le début d'u n nouveau cycle, plus autobiographique.

SITUATION DU CINEMA JAPONAIS
J'ai toujours été à la marge, toujours été l'objet d'un traitement particulier de la part des médias et du public. Et le cinéma n'y a rien changé, bien au contraire. Lorsque, je tourne en extérieurs, il suffit que les gens apprennent que je suis le metteur en scène pour qu'il y ait foule. C'est toujours au moment où je dis " silence on tourne " , que quelqu'un arrive en me demandant de lui signer un autographe. Infernal. Quelques fois je regrette cette célébrité qui m'oblige à faire régner l'ordre et à jouer les flics, d'autant que ces personnages là ne vont en général pas voir mes films.

Au Japon, avant Kids Return, on ne me prenait pas du tout au sérieux en tant que cinéaste. Sonatine, par exemple, n'avait été projeté qu'une semaine. Je sais aussi que les gens de la profession ne me considèrent pas comme l'un des leurs. On me décrit souvent comme le pus ou le 1 cancer de l'industrie cinématographique japonaise mais je préfère plutôt me voir modestement comme un petit bouton de fièvre. Ma présence dans les festivals a créé une situation assez étrange et peu à peu, le fait que la critique internationale porte un regard attentif sur mon travail a incité les Japonais à en faire autant. Certains jeunes cinéastes vont même jusqu'à se réclamer de mon influence.. Malheureusement, ils me copient comme Ils copieraient Tarantino ou d'autres réalisateur à la mode. Il leur manque le feeling. Je crois qu'il faut faire très attention. Les influences c'est bien, mais il faut se créer un monde à soi. Pour les gens de. ma génération, il y a eu les grands maîtres Kurosawa,Ozu, et puis un grand vide.

HANA-BI
Je ne crois pas que Hana-Bi soit un film policier. Simplement, dans la société japonaise, seuls les flics et les yakuzas sont confrontés à la mort quotidiennement. Basiquement, un cinéaste qui veut exprimer son idée sur la vie et la mort n'a que deux possibilités : parler des flics ou parler des yakuzas. J'ai conçu ce film comme une sorte de balance entre la violence et1a douceur. Il faut parfois se libérer à travers des actes très violents pour que surgisse la douceur. Pareillement, ce sont souvent les êtres les plus gentils qui se livrent aux actes de violence les plus terribles. Ces éléments se mêlent de manière très naturelle chez moi car je ne vois pas de contradiction entre eux. Je passe du réalisme cru à la comédie sans me poser de questions. Les choses se font naturellement en même temps que se construit le film.

Les personnages d'Hana Bi, Nishi (que j'interprète) et Horibe, sont comme des frères au début de l'intrigue. Un accident d'Horibe crée brusquement une distance physique entre ces deux hommes. A mesure que le temps passe, cette,distance devient de plus en plus importante physiquement mais aussi moralement car Nishi se sent coupable de ce qui est arrivé à Horibe. Je voulais d'une certaine manière exprimer le lien quasiment indestructible q u'il y entre ces deux amis. Mais je voulais le faire d'une :manièremoins directe que par une simple conversation, j'ai donc eu l'idée d'introduire dans le film les peintures d' Horibe qui correspondent au voyage de Nishi et de sa femme. Cette coïncidence entre les toiles et les événements expriment le fait que Nishi et Horibe restent étrangement connectés.

Si je devais définir mon style, je dirais qu'il consiste d'abord à laisser le plus de liberté possible au spectateur. J'attends beaucoup du public, j'essaie d'établir un véritable dialogue avec lui. C'est pour cela que j'utilise autant d'ellipses et que je laisse autant de choses inexpliquées.Cela tient aussi à ma méthode de travail. Le plus souvent, je démarre le tournage sans scénario terminé, avec parfois une simple idée de départ comme c'était le cas pour Hana-Bi. Kurosawa et d'autres grands réalisateurs utilisaient des storyboards et, comme je dessine moi-même, J'ai essayé de les imiter. Mais très vite je me suis aperçu que ça n e marchait pas. On ne peut pas filmer comme on a dessiné : les conditions ne sont pas les mêmes, les lieux de tournage ne s'y prêtent pas, c'est incompatible avec notre façon de travailler qui laisse beaucoup de place à l'improvisation. C'est pourquoi j'aime me définir comme un réalisateur involontaire. J'ai souvent eu le sentiment que c'est le film qui me guide de dans ma mise en scène et dans mes choix plutôt que le contraire. Par exemple, le choix de tourner régulièrement en pleine nature s'impose à chaque fois comme une nécessité. Quand on vit dans une ville comme Tokyo, dont la nature est totalement absente et dont la seule identité est celle de l'argent, il devient impérieux de s'en éloigner pour " respirer " artistiquement. C'est la raison pour laquelle je suis tellement attiré par la mer. À mes yeux, elle représente un danger mais possède une présence très mystérieuse peut être1iëe aux légendes japonaises qui veulent que notre peuple soit né de l'Océan. Quand je suis près de la mer, je sens une violence latente une tension terrible qui me fascine en tant qu'homme et en tant que cinéaste, mais qui m'effraie tout autant. Il ne me viendrait pas à l'idée d'y entrer. Je ne me baigne jamais.

Au départ, j'avais décidé de faire un film totalement silencieux, sans dialogues et sans musique, Et puis le projet a évolue et je me suis une nouvelle fois tourné vers le compositeur Joe Hisaishi pour la bande-originale. Notre collaboration est à la fois forte et très conflictuelle, pas amicale du tout. C'est un combat de boxe permanent. Généralement, je lui porte le premier coup en lui présentant un premier bout à bout des rushes. Il encaisse le premier choc et me répond par sa musique. Le premier coup que je lui ai porté avec Hana-Bi a été si dur que Joe s'est effondré à terre, Je me suis mis à le compter. À huit, j'ai cru qu'il n'arriverait pas à se relever, mais à neuf il était debout et, en réponse à mon attaque, il a composé cette musique magnifique.