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QUI EST TAKESHI ?

Au Japon, Takeshi Kitano est surtout réputé pour être une star de la télé. Après des débuts comme comique en duo, il est passé à la télé où, fustigeant les travers des japonais nourris de feuilletons américains, il est devenu l'animateur de plusieurs émissions hebdomadaires. Sa popularité est immense, et il a étendu son activité au journalisme, à la littérature et au dessin. Arrivé au cinéma par hasard, il a réalisé six films qui font de lui, en qualité d'auteur-interprète indépendant, l'équivalent nippon de Woody Allen et Clint Eastwood. Comme eux, il devra probablement attendre encore un peu avant d'être reconnu pour ce qu'il est : un cinéaste majeur, probablement le plus important qui soit apparu au Japon depuis trente ans.

Première : Qu'y a-t-il d'autobiographique dans Kids Return ?

Takeshi Kitano : Trente à quarante pour cent de l'histoire. Ce qu'on voit m'est arrivé à moi ou à des amis proches. Tous les personnages sont généralement inspirés de gens que j'ai connus au lycée. Mais je n'aurais pas pu faire un film seulement avec ça. Une bonne partie des développements est fictive.

Première : Le film est assez pessimiste. Quel avenir y a-t-il pour les deux personnages ?

Takeshi Kitano : S'il y a un espoir, c'est qu'il reste une lueur de rêve en eux. Mais leur avenir n'est absolument pas brillant. Il n'y a pas de place au Japon pour les laissés-pour-compte dans l'enseignement traditionnel.

Première : Vous avez choisi de mettre l'accent sur deux cancres, mais le destin du troisième, qui travaille normalement est encore pire.

Takeshi Kitano : C'est vrai, mais le sort des gens ordinaires (j'entend ceux qui ne font pas partie de l'élite) n'est pas plus enviable . Ce destin se résume à une ambition : devenir employé dans une grande compagnie et y travailler jusqu'à la fin de ses jours. Il y a même une maladie reconnue par le ministère de la santé, c'est la mort par excès de travail.

Première : Il y a très peu de personnages féminins dans vos films. C'est délibéré ?

Takeshi Kitano : C'est une question douloureuse, et on me la pose assez souvent, mais je crois que je n'ai pas le talent pour peindre les femmes.

Première : On a l'impression que vous aimez vous étendre sur certaines scènes, notamment les scènes d'entraînement de boxe.

Takeshi Kitano : C'était nécessaire pour montrer certaines techniques. Personnellement, j'aime beaucoup la boxe mais pas comme sport de compétition. Je trouve ça très cruel. Il y a là un rapport de très forte violence. Je n'aime pas le moment où le vaincu est par terre, en sang. Le vainqueur, abruti de coups, ne vaut pas mieux.

Première : Avant la boxe, vous avez parlé dans vos autres films de surf et de base-ball. Qu'est-ce qui vous attire dans le sport ?

Takeshi Kitano : Ce n'est pas que ce soit particulièrement beau, mais quand on pratique un sport, il y a un moment où l'on s'oublie soi-même, on devient du néant à l'état pur. C'est cet instant infime que j'aime dans le sport.

Première : Vous avez eu un grave accident il y a trois ans. A-t-il eu des répercussions sur votre travail ?

Takeshi Kitano : J'ai frôlé la mort. J'ai espéré que mon corps se rétablirait mais aussi que mon esprit en concevrait davantage d'inspiration, que j'aurais plus d'imagination. Manque de pot, rien n'a changé ! Je ne crois pas que cet accident m'ait influencé. J'avais écrit le scénario de ce film avant mon accident et je l'ai développé pendant ma convalescence.

Première : Vous allez continuer à jouer ?

Takeshi Kitano : Je n'ai pas joué dans Kids Return à cause de cet accident qui a partiellement privé mon visage de mobilité. Maintenant, je commence à être bien rétabli. Je vais donc recommencer, et j'aurai un rôle dans mon prochain film…

[ Propos recueillis par Diastème ]