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SUR KIKUJIRO
Question : Kikujiro est un film différent des autres. Pourquoi
avoir voulu tourner cette histoire ?
Takeshi Kitano : En fait, le scénario traînait depuis un
bon moment. La plupart de mes films parlent de violence, mais
il m'arrive souvent d'écrire des choses totalement différentes
pendant les tournages. Après Hana-Bi, j'ai pensé qu'il était
temps de passer à autre chose. J'ai tourné ce film car il correspondait
assez à mon état d'esprit à ce moment là…
Question : Pourquoi avez-vous engagé le petit Yusuke Sekiguchi
et pas un autre garçon ?
Takeshi Kitano : Au premier abord, Yusuke ressemble à n'importe
quel petit enfant. Mais plus tu passes de temps avec un enfant,
plus il te semble familier. Ainsi, j'ai voulu que Masao, anonyme
au départ, grandisse dans le cœur des spectateurs comme dans
le mien, au fur et à mesure de l'histoire.
Question : La façon de tourner était-elle différente avec lui
?
Takeshi Kitano : Nous avons à peine parlé au début du tournage.
Notre relation a changé petit à petit et nous sommes devenus
plus proche, comme dans le film.
Question : Est-ce un avantage de tourner avec un enfant ou un
inconvénient ?
Takeshi Kitano : Premièrement, il faut que l'enfant reste
humble. Je ne supporte pas l'arrogance, surtout de la part d'un
enfant. Evidemment, il n'est pas non plus question de molester
celui-ci pour qu'il fasse ce que je veux. A vrai dire, je n'ai
vraiment eu aucun problème avec le petit Yusuke.
Question : Pourquoi avoir inséré des scènes de rêves dans le
film ?
Takeshi Kitano : J'ai voulu concevoir ce film comme un livre
d'images. Les séquences de rêve sont simplement des dessins
ajoutés à l'intérieur. Je voulait que ceux-ci ressemblent à
des tableaux, la couleur crépie encore clairement visible. On
devait pouvoir sentir qu'ils avaient été tournés en studio,
d'une manière factice.
Question : Y a-t-il des données autobiographiques dans ce film
?
Takeshi Kitano : Quasiment pas. Mon père (qui s'appelait
aussi Kikujiro) n'a parlé que trois fois avec moi dans mon enfance
et, sur son lit de mort, il m'a dit qu'il le regrettait. Je
n'ai jamais eu de relation père / fils traditionnelle. Dans
le film, cela ce traduit par une froideur bourrue de Kikujiro
qui ne sait pas comment aborder cet enfant. J'appelle cela de
la timidité mal placée.
Question : La timidité est-elle l'élément autobiographique du
film, un sentiment que vous avez partagé avec votre père ?
Takeshi Kitano : Mon père était exceptionnellement timide.
Je sais depuis peu qu'il était surtout peureux. Mais ce n'est
pas ainsi que j'ai traité le héros du film. Bien qu'il s'appelle
aussi Kikujiro, mon personnage est beaucoup plus froid et sérieux
que mon père. Le nom est évidemment un clin d'œil évident à
celui-ci…
Question : Le film est rempli de moments comiques. Est-ce facile
de trouver ces gags visuels ?
Takeshi Kitano : Je suis très connu au Japon en tant que
comique. Comédien est mon premier métier. J'aurais pu mettre
dans le film encore plus de scènes marrantes, mais j'ai préféré
parler des sentiments des deux personnages. Sinon, cela aurait
détruit l'aura du film. Le gag ne doit pas être trop présent.
Il doit rester dans les " frontières " de l'histoire. Ainsi,
les jeux de la fin, bien que très drôles, s'intègrent parfaitement
dedans.
Question : Est-ce que vous suivez totalement le scénario pendant
le tournage ?
Takeshi Kitano : On peut comparer mon film à de la cuisine
: je mélange des ingrédients et je déguste pour voir si c'est
assez épicé. Si l'assaisonnement n'est pas bon, c'est le K.O.
assuré. Je rajoute des idées suivant l'avancement de la " cuisson
". Ainsi, il m'arrive souvent d'improviser complètement une
scène, au détriment du producteur qui ne comprend jamais ce
que je fais !
Question : Une fois de plus, votre association avec le compositeur
Joe Hisaishi a porté ses fruits : la musique est vraiment magnifique,
en totale harmonie avec le film. Comment se passe votre collaboration
?
Takeshi Kitano : Je lui montre très tôt les rushs du film
afin qu'il se mette rapidement au travail. Cette fois-ci je
lui ai indiqué le genre de musique que je souhaitais. Je voulais
que cette composition suive la trame générale du film et revienne
comme une rengaine accompagnant les moments forts du film. Je
ne pense pas qu'une musique doive forcément être joyeuse dans
une séquence comique. Elle peut aussi être triste. Grâce à la
rapidité (et le génie) d'Hisaishi, j'ai eu très rapidement un
aperçu final de la mélodie et ai ainsi pu y greffer mes idées.
Notre collaboration s'est donc très bien passée… Il était juste
déçu de ne pas avoir eu une liberté totale dans la composition
de son oeuvre!
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