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CONFERENCE DE PRESSE

Je trouve que Kitano a fait très fort pendant cette conférence de presse. En effet, il est arrivé à réfuter complètement l'appartenance de son film au système américain, mais aussi à démolir systématiquement le cinéma made in US… Dans un festival consacré exclusivement au " génie " américain, Kitano a fait l'effet d'une bombe. Je comprend mieux maintenant l'énervement de certains journalistes européens et… américains :-)

Journaliste : ma première question s'adresse au producteur ainsi qu'au réalisateur Takeshi Kitano : le film est-il plus axé sur la loyauté ou sur l'absurdité de certaines valeurs ? D'autre part, vu que c'est la troisième fois que Takeshi Kitano s'illustre dans des personnages suicidaires, j'aurais aimé savoir si il est vraiment fataliste ?

Takeshi Kitano : Ano (euh)… Effectivement, les yakusas ont gardé un code de l'honneur qui vient d'une déformation du code de l'honneur des samouraïs dans lequel il y avait la fidélité absolue au maître de la famille, ainsi qu'une dévotion totale pouvant pousser au suicide. Ils devaient choisir la plus belle façon de mourir. Ce sont les seuls éléments que les yakusas ont gardé pour eux, car ça servait leurs chefs. Alors effectivement, je pense que c'est absurde, mais c'est comme ça. Ce yakusas (celui de Brother) pousse l'absurdité jusqu'à aller aux USA pour mourir dignement, en restant fidèle à son ancien clan.
Non, non, je ne suis pas spécialement suicidaire, je pense mourir de ma propre mort, il est d'ailleurs bientôt temps. On s'en rapproche. Ca va bien m'arriver un jour. Enfin, je n'ai pas envie de précipiter…


Journaliste : Takeshi Kitano réserve-t-il son cinéma à un public élitiste ou, comme le pensent certains, son cinéma est fait d'émotions et peut être compris de tous ?

Takeshi Kitano : Je ne sais pas vraiment où se situe la limite entre les intellectuels et le grand public… Ce que je peux dire, c'est que mon public est fait de gens qui respirent le même air que moi, sentent les mêmes odeurs et les mêmes parfums que moi (qui me comprennent). je ne fais pas de différences entre un bon et un mauvais public…

Journaliste (qui se plante dans la prononciation du nom de Kitano) : Monsieur Tasheka… Kitano (excusez-moi) que représente pour vous, le pouvoir de l'argent entre le Japon et l'Amérique ? Pourquoi avez-vous décider de montrer la violence sous une forme romantique ?

Takeshi Kitano : En ce qui concerne le pouvoir de l'argent, l'ironie c'est que ,aux Etats-Unis par exemple, il y avait quatre techniciens pour gérer la lumière, et autant pour toutes les autres parties du film. Par rapport au Japon, tout y est multiplié par quatre ! Si le budget du film est multiplié par quatre, ça veut simplement dire qu'il faut quatre fois plus d'argent pour faire bosser des techniciens… tout ceci n'a aucune incidence à l'écran. L'image ne sera pas plus belle. L'avantage, c'est qu'il y a moins de chômage dans le monde du cinéma aux Etats-Unis. Mais l'argent ne se traduit pas en une image plus belle.

Journaliste (fâchée): Alors pourquoi ne pas avoir produit votre film au Japon ?

Takeshi Kitano (fâché aussi) : Tout simplement parce que l'histoire voulait que le film se passe aux Etats-Unis. Il me fallait donc utiliser les syndicats autochtones, respecter leurs règles. Je ne pouvais pas faire autrement et créer un film qu'avec des techniciens japonais.

Journaliste : Pourquoi cette violence romancée ?

Takeshi Kitano : Si vous avez pensé que j'ai fait un traitement romantique de cette violence, c'est que vous avez été influencé par l'image romantique du Japon de l'époque, où les japonais étaient près à se sacrifier pour l'empereur, mais je n'ai pas cette vision romantique de la violence… Attention de ne pas faire une mauvaise interprétation : j'ai voulu montrer la stupidité de celui qui est près à se sacrifier pour son patron ou pour ses frères. J'ai voulu montrer la violence crue, nette, réelle !

Journaliste : Votre film est montré dans le cadre d'un festival du film américain… Est-ce que vous revendiquez cette appartenance ? Si non, verrons-nous un jour un vrai film américain de Kitano ?

Takeshi Kitano : Je ne considère pas mon film comme un film de studio américain. Je voulais tourner aux Etats-Unis et ai donc engagé des personnes de là-bas. Mais j'ai quand même posé mes conditions : je voulais avoir entière maîtrise du " Final Cut " et ne pas faire de concession vis-à-vis du scénario. De plus, l'équipe principale devait être japonaise. Je ne ferai jamais partie d'un grand studio car je ne veux pas céder sur tous ces points ! Jamais un Kitano sera américain, je ne crois pas ! La seule chose américaine du film, c'est qu'il a été tourné à Los Angeles…

Journaliste : C'est un de vos films les plus violents… Je me demande si ce n'est pas justement un pied de nez aux américains qui demandent toujours plus de violence : " Vous vouliez un Kitano, alors le voilà : le seul élément que vous reconnaissiez en moi " !

Takeshi Kitano : Non, non, il ne faut pas penser comme cela. Non, la seule chose sur laquelle j'ai cédé, c'est sur la longueur : le contrat stipulait deux heures, j'en ai fait trois. Du coup, j'ai dû couper. Les scènes de violence en auraient été adoucies, je n'y peux rien. A cause de ces coupes, ces scènes apparaissent plus fréquemment que ce que je désirais au départ.

Journaliste : Je trouve que le film de Kitano traite de thèmes de fonds ressemblants aux Western. Ses plans ressemblent d'ailleurs beaucoup aux western (plans fixes, cadrés). La caméra ne bouge quasiment pas… Avez-vous été influencés par eux?

Takeshi Kitano : Non, pas du tout. Je ne suis pas d'accord avec vous !

[ Propos recueillis par des journalistes ]