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DOLLS
Titre
japonais : Dolls / 2003
Acteurs : Miho Kanno, Hidetoschi Nishijima, Tatsuya
Mihashi, Chieko Matsubara, Kyoko Fukada, Tsutomu Takeshige
Réalisateur : Takeshi Kitano
Producteurs : Masayuki Mori, Takio Yoshida
Musique : Joe Hisaishi
Durée : 109 min
Genre : Drame
[ LA BANDE-ANNONCE ]
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INTRODUCTION :
Dolls,
dont le déroulement ressemble à une représentation
de Bunraku*, retrace avec un
minimum de dialogues et d'actions la vie de trois couples
désespérés dans le Japon d'aujourd'hui.
L'amour impossible que recherchent ces personnages si différents
de par leur vie et leurs motivations se soldera inévitablement
par un drame sentimental : tels des marionnettes ne pouvant
couper les fils les liant à la société,
ces anti-héros seront obligés de fuir la vie
pour ne pas être rattrapés par la cruelle réalité...
Le film débute par une représentation Bunraku
du "Courrier des enfers", une pièce de Monzaemon
Chikamatsu, célèbre dramaturge nippon du 17ème
siècle. A la fin de ce pré-générique,
Kitano, quittant les marionnettes manipulées par des
mains invisibles, nous narre, après un magnifique plan
montrant le parallèle existant entre ces poupées
et les pantins humains du film, l'histoire de personnages
en quête d'amour. Subtilement présente tout au
long du récit, la pièce de théâtre
réapparaîtra concrètement à la
fin de ce dernier, montrant ainsi, et de manière définitive
que, tels des marionnettes, les protagonistes du film auront
été dirigés par les circonstances, tragiques
et inéluctables...
T. K. : "Dans le passage du 'Courrier des enfers'
utilisé dans Dolls, l'amoureux Umegawa implore sa bien
aimée Chubei de ne pas commettre de folie. Chubei et
Umegawa finissent par s'enfuir tous les deux. J'ai choisi
ce passage en particulier pour superposer l'image des marionnettes
de Umegawa et Chubei s'avançant sur scène avec
le plan vers la fin du film, dans lequel le couple de mendiants
marche dans les montagnes enneigées".
HISTOIRE(s) :
Bien que se chevauchant et parlant toutes d'amour, les trois
histoires contées par Kitano se vivent séparément,
les protagonistes de la première servant de liant entre
les récits:
1) Matsumoto, un jeune homme ayant accepté de convoler
en justes noces pour respecter les convenances et les usages
familiaux, décide de tout plaquer pour s'en aller rejoindre
son ancienne fiancée qui a tenté, par détresse
amoureuse, de se suicider. Attachés à un fil rouge
(représentant le lien puissant mais ténu qui les
uni), les deux amoureux quitteront la société
et ses contraintes pour se lancer dans un ultime voyage.
2) Un chef yakuza en bout de course, Hiro (hélas non
interprété par Kitano), décide de quitter
la protection de son cocon de corruption pour s'en retourner
dans le parc où il avait choisi, trente ans plus tôt,
d'abandonner sa petite amie pour rejoindre le monde du crime.
3) Haruna, une jeune pop idole déchue, défigurée
dans un sombre accident de voiture, reçoit la visite
d'un fan (Nukui) qui a décidé de prouver son amour
totale pour elle en sacrifiant une partie importante de son
anatomie...
T.
K. (évoquant les deux amants reliés par leur corde
rouge) : "Lorsque j'étais encore un aspirant
comédien à Asakusa, j'ai vu un jour un homme et
une femme attachés l'un à l'autre par une corde.
Les habitants du quartier les appelaient 'les mendiants errants'.
Il y avait beaucoup de rumeurs à leur sujet, mais personne
ne savait vraiment comment ils étaient devenus vagabonds.
La vision des mendiants errants est restée gravée
dans ma mémoire et j'ai toujours voulu réaliser
un film avec des personnages comme eux".
Sorte
de représentation " live " d'une pièce
de Bunraku, le film se devait de posséder un habillage
unique. Le couturier Yohji Yamamoto a donc créé
des costumes somptueux, parfois anachroniques qui ont quelque
peu dérouté Kitano lorsqu'il les a vu sur le plateau.
T.
K. : "Aussi étrange que cela puisse paraître,
j'ai laissé faire Yohji Yamamoto sans aucune concertation.
Je lui ai laissé une totale liberté de création,
un peu comme s'il créait son propre défilé
dans le film. Lors de la première session d'essayage,
Yohji nous a présenté les costumes de l'automne
et ceux des mendiants errants. Miho, l'actrice principale, portait
une robe rouge vraiment très loin des vêtements
que portent les mendiants ! Quand je l'ai vu, j'ai failli tomber
à la renverse. J'ai vraiment paniqué pendant un
instant. Puis je me suis calmé et j'ai dit : 'Leurs costumes
ne doivent pas nécessairement être réalistes
puisque c'est l'histoire de marionnettes humaines'. Nous étions
devant un phénomène inverse : normalement, les
costumes s'adaptent au film. En fait, il est arrivé que
nous ayons à changer de lieu de tournage pour mieux s'accorder
aux costumes".
Le film est également porté par des couleurs incroyables,
chaque saison exhibant les émotions et les errances des
personnages grâce à des teintes propres, saturées.
T. K. : "On m'a dit que mes films avaient tendance à
avoir une teinte bleuâtre. Alors j'ai pensé que
ça vaudrait le coup de réaliser un film avec une
grande variété de couleurs, celles-là même
que j'avais toujours évitée dans mes films précédents
par peur de décevoir. Puisque le film devait se dérouler
au Japon, il était évident pour moi que je devais
néanmoins filmer les quatre saisons.
Au printemps les cerisiers du Japon sont en fleur, en été
la mer est très calme et lumineuse, en automne les feuilles
sont très rouges et nous avons de la belle neige en hiver.
Ces paysages sont peut-être un peu clichés, mais
j'ai osé les filmer et en faire la ligne conductrice
de Dolls".Loin
de tout pathos larmoyant, Kitano parvient une fois de plus à
rendre les émotions de manière subtile, sans jamais
les imposer au spectateur. La violence, à contrario de
Brother, ne survient plus à coup de gunfights sanglants.
Elle est sournoise, cruelle, tirant sa force de l'imbécillité
et de la méchanceté de certains êtres humains
qui refusent de cautionner l'amour que peut éprouver
quelqu'un pour son prochain. Sentiment fragile, irréparable,
le manque d'amour et l'égoïsme entraîneront
les couples dans des issues irrémédiablement tragiques...
Définitivement un GRAND Kitano! Le seul (et inexcusable)
défaut du film, c'est que Kitano ne fait QUE de le réaliser
:-)
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[*
Le Bunraku est l'un des trois genres de théâtre
traditionnel du Japon avec le No et le Kubaki. Apparu au 16e
siècle, il met en scène des marionnettes géantes
animées par trois comédiens invisibles vêtus
de noir et par un manipulateur "en chef" habillé
en costume traditionnel. L'histoire est narrée par
un conteur derrière la scène qui s'occupe également
de reproduire la voix des personnages. L'histoire est généralement
accompagnée par une musique au shamisen, un instrument
asiatique à trois cordes.]
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