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KITANESQUE
Cette présentation est écrite en septembre, à un moment
où vous êtes peut-être un peu barbouillés de remuements
collectifs, de gentilles guimauves et de GME (" grands moments
d'émotions "), après cette orgie de papes, de JMJ, de princesse
écrabouillée et de mother Teresa. Alors, si vous lisez le
japonais, prenez en main le recueil de textes de Takeshi
Kitano, Dakara watashi wa kirawareru (Tokyo, Shinkosa SPA,
1991), ou bien, si vous lisez seulement l'italien, la traduction
de Viviana Guglielmi (Bompiani, Milan, 1995), sous le titre
" Ecco perché mi odiano ". Kitano y a rassemblé des articles
parus en 1989-1990 dans Shinko 45, dans lesquels il commente
l'actualité de façon politiquement incorrecte. " Pourquoi
ils me détestent tous ", pourrait-on traduire le titre :
parce qu'il n'aime personne, préfère quand même les riches
aux pauvres, les purs imbéciles aux cons prétentieux, etc.
Les quelques extraits qui suivent (traduits de l'italien
par Paul Louis Thirard) ne visent qu'à donner une pâle idée
de la prose à l'acide de Takeshi Kitano, par ailleurs cinéaste.
LA SPECIALISATION EXCESSIVE EST LE SYNONYME DU MANQUE DE
TALENT. On ne trouve plus, maintenant, les gens qui émergeaient
de la masse, parce qu'ils maîtrisaient un art ou occupaient
une position de prestige, reconnue de tous. Tout a dégénéré,
tout. Evidemment, ce qui n'a pas l'air d'être dégénéré est
aussi, de façon inattendue, fragile. C'est la faute des
soi-disant experts qui, pendant longtemps, n'ont ni étudié
ni perfectionné aucun art, vivant tranquilles dans un monde
autosuffisant, celui qu'ils possèdent. J'ai l'impression
que le monde du spectacle, comme celui des beaux-arts, se
ressentent des effets néfastes de l'inertie passée. Il n'y
a aucun doute : les gens qui, aujourd'hui, sont en rapport
avec les arts de divertissement sont des incapables. Et
les incapables triomphent aussi dans le domaine des beaux-arts.
Cela saute aux yeux, nous disposons des cassettes enregistrées.
Quelle tristesse ! Personne n'a confiance dans les capacités
d'Enraku, maître du rakugo (récit comique, basé sur des
calembours, fait par un seul narrateur en habit traditionnel),
et en effet, à écouter les cassettes de bunraku (traditionnel
théâtre de marionnettes) qui nous restent, ou celles de
Shinsho, célèbre narrateur de rakugo, on comprend tout de
suite la différence, il n'y a qu'à s'y résigner. D'autre
part, même si, autrefois, ils étaient vraiment très bons,
on comprend qu'aujourd'hui ce talent n'a plus de valeur,
il ne nous en reste que des témoignages. Il y a de quoi
mouiller son pantalon à regarder le numéro au cheval d'arçon
de Yukio Endo, le gymnaste qui eut la première place aux
Olympiades de Tokyo. Il est bien plus mauvais qu'un étudiant
moyen d'aujourd'hui. Nous sommes à une époque où il est
impossible de faire de la virtuosité une tradition. Le plus
simple, donc, est de n'avoir plus de preuves. Prenez le
cas du joueur de base-ball Eiji Sawamura : ce qui survit,
c'est seulement le souvenir de ses puissants lancers qui
mettaient en difficulté jusqu'aux batteurs de la ligue nationale
américaine. Les gens croient que, si l'on mesurait ses lancers
avec un speed gun, on trouverait que la balle atteignait
160 km/h. Les gens se trompent. Tout le monde serait bien
étonné si le speed gun avait alors existé, et qu'il soit
resté des preuves concrètes pour témoigner qu'il ne la lançait
qu'à 130. Et au contraire est née une sorte de speed gun
applicable à tous les secteurs, cette tendance brutale à
tout juger sur des chiffres. Il se peut bien qu'il ait été
plus difficile de contrer la balle lancée par Egawa à 130
km/h, que celle lancée par Makihara à 150.
Tous les enregistrements musicaux sont numériques ; cela
se produit, certes, un son très beau, mais pas nécessairement
fidèle. Par les temps qui courent, il faut à un expert une
habileté hors du commun pour surnager. Les capacités qu'on
exige de lui sont infinies, trop, en tous cas. Bien sûr,
la faute en est à l'imbécillité des gens de la télé. Ils
présentent tout le temps des gens insignifiants en les qualifiants
d'experts ou de talents cachés. Le plus grand expert japonais
en serpent de mer, ou en Corbicula japonica. ! A ce rythme,
tous le monde peut devenir " le plus grand expert japonais
". On transforme même en expert le patron de quelques curieux
restaurants spécialisé en raviolis chinois, " les raviolis
qu'on mange ici sont exceptionnels ", disent-ils, mais qu'est-ce
qu'on en a à foutre ? Les patrons de restaurants de troisième
ordre spécialisés en sushi deviennent malpolis parce que
tout le monde les encenses. Ils te prennent ton argent après
t'avoir dit : " Le client n'a pas à faire de demandes spéciales.
Mange ce que je te sers sans piper mot, puis rentre chez
toi " ou " Si tu laisses quelque chose dans ton assiette,
ne compte pas sur un rabais. " Mais quelles manière sont-ce
là ? la télé à transformé ces vieux bonshommes en gens importants.
Quand je vois le patron d'un restaurant se comporter ainsi,
je pense " quel con " ! Les endroits qui font preuve d'excellence,
se sont ceux où on prépare minutieusement ce que le client
a demandé, où on le sert avec soin, où on le remercie gentiment
quand il s'en va. Il ne peut arriver que des embrouilles
si, par une notion pervertie de la virtuosité, on inverse
le rapport entre celui qui débourse les sous et celui qui
travaille en les gagnants. Du reste, parmi les clients aussi,
il y a trop d'imbéciles qui prennent des mines de gourmet
sans avoir la plus pâle idée de ce qui est l'art culinaire.
Venons-en au monde des spectacles. Le jeune reporter, interviewant
des gens comme Pinsuke Sakuragawa ou Tamasuke Yugente, explique
: " Dans l'art de l'animation, ils sont experts, ils l'ont
longuement pratiqué ". Mais ce n'est pas vrai, l'art de
l'animation, même le simple bon é rien le pratique. Les
Japonais pensent que tout ce qui existe depuis longtemps
est de l'art traditionnel, mais il y a beaucoup de choses
anciennes qui n'ont aucun intérêt. La danse du héron blanc,
dans la province de Shidame, qui ressort à chaque fête populaire
traditionnelle, est une danse de quatre sous. Le narrateur
de rakugo Yumenosuke Sanshotei alla la voir comme un reporter,
demanda s'il pouvait la danser, on lui répondit : " Pas
question, impossible pour un amateur ". C'est faux, c'est
facile, il suffit d'essayer. Voilà, c'est le niveau de bien
des arts traditionnels. Après tout, les Japonais aiment
bien l'idée de la vie comme une " route bien droite ". Si
quelqu'un fait la même chose depuis longtemps, on l'estime
déjà rien que pour ça. Voilà pourquoi des gens comme le
joueur de base-ball Kinugasa reçoit le prix de la Célébrité
nationale. Pour le sumo, je proposerais de le donner à Makimoto
qui appartient depuis vingt ans à la dernière catégorie.
En somme, les contenus artistiques n'ont pas d'importance.
Depuis soixante ans, Maston Egawa ne fait que des acrobaties
sur des ballons, il a donc reçu un prix au festival de l'Art.
Faire des acrobaties sur des ballons, cela signifie seulement
rester en équilibre sur un gros ballon, ce que n'importe
quel clown sait faire au cirque. Lors de la party pour la
remise du prix, Maston est bien resté sur son ballon quinze
minutes, tout son art est là. L'intéressé a déclaré, entre
deux rigoles de sueur : " Mon art ne dure pas seulement
cinq minutes ". Quand on donne des prix à ces gens-là, il
n'y a plus qu'à compatir. Les artistes qui parcourent la
même route pendant des années sont des gens qui n'ont qu'un
seul talent, voilà la vérité brutale. Passe encore quand
ils s'en rendent compte et tâtonnent, mais j'enrage à écouter
le critique dépourvu de tout talent qui utilise des expressions
comme " Je veux vivre en me consacrant à cette discipline.
"
LES CRITIQUES NE FONT PAS LEUR METIER. Il a disparu aussi
de la circulation, le talent des artisans. Les charpentiers
d'aujourd'hui sont tous devenus ouvriers en maisons préfabriquées
en sous-traitance, ils ignorent le marteau et la scie, ils
vissent des boulons à la clé anglaise. Les maisons construites
avec des poutres et des lattes de bois, tant pis pour nous,
étaient plus solides. Les peintres étaient experts pour
peindre l'armature en fer des constructions, mais ils ne
supportent absolument pas la concurrence de la peinture
au pistolet. Bientôt, on peindra à l'infrarouge. Toute cette
technique de la peinture me semble une connerie. A quoi
bon, bon Dieu, sert d'être expert ? Le talent devient inutile
quand il est remplacé par des machines. Les machines n'ont
rien à voir avec l'esprit de l'artisan. Autrefois, les artisans
entreprenaient un dur labeur parce qu'ils le voulaient,
mais maintenant les travaux dangereux, pénibles, où on se
salit les mains, on les fuit comme la peste. A une époque
où l'on arrive à vivre sans travailler, pourquoi diable
continuer à bosser ? C'est la même chose dans le monde du
spectacle et des beaux-arts. Il est ridicule de peiner pour
se mettre à l'épreuve, mieux vaut faire tout de suite le
critique. Celui qui, autrefois, se distinguait dans un art
participe aujourd'hui à des programmes de télé, où il n'a
absolument rien à voir. Nagisa Oshima ne dit pas : " En
fait, moi, je suis cinéaste ", et en plus de lui, il y a
un tas de gens qui laissent dans l'ombre leur position et
disent n'importe quoi. On a envie de leur demander : et
toi, qui diable es-tu ? quel est ton métier ? Pour eux,
le mieux est de ne pas faire leur métier, car, quand ils
le font, ils sont jugés, dans le bien comme dans le mal.
Ont disparu aussi les critiques comme il faut. Et même,
probablement, a disparu le talent du critique expert. On
dit qu'une ambiance est gâtée sans de bonnes critiques ;
en fait, l'art lui-même est déjà gâté. Les prétendus critiques
se conduisent comme des princes du sang qui ont commandé
un portrait, une symphonie. Résultat : les artistes ne pensent
qu'à obtenir la faveur des critiques, et non à faire leur
métier. Il ne peut résulter aucune forme de virtuosité artistique
de ces petits salons lugubres où rivalisent les gens de
cette espèce. En outre, la critique est liée à l'argent,
et c'est un bel ennui. Les journalistes du spectacle qui
écrivent dans les quotidiens sportifs se font payer pour
des articles de propagande du genre " Quelle belle surprise
! ". " Un talent incroyable ". " Le numéro un parmi les
jeunes promesses " : Il y a aussi les journalistes qui font
des petits boulots, des types corrompus comme Kuwata. Heureusement,
il s'agit de comiques, le public ne se laisse pas influencer
par ce genre d'articles. Quand un spectacle comique sue
l'ennui, il n'y a pas de bonne critique qui tienne. Mais
le cinéma est en mauvaise passe. Les gens comprennent le
genre comique, mais considèrent avec snobisme le cinéma,
comme en général toutes les manifestations artistiques,
en disant qu'ils ne les comprennent pas. Mais, si les critiques
vendus portent un film au pinacle, tout le monde ira le
voir parce que les gens ne veulent pas s'entendre dire que,
s'ils trouvent ce film ennuyeux, c'est qu'ils sont incompétents
ou stupides. C'est absurde de dire qu'on comprend le genre
comique et pas le cinéma, et c'est étrange que les gens
arrivent à dire ce qu'ils aiment ou n'aiment pas dans le
genre comique. J'aimerais bien qu'ils fassent de même en
parlant d'art ou de spectacle en général. N'est-ce pas là
l'essence de la critique ?
FERMEZ TOUTES LES ECOLES ! Il n'y a qu'un moyen de sauver
les arts et le spectacle de ce pays tant abîmé. Il s'agit
de changer l'instruction, c'est-à-dire la base de la formation
morale et culturelle d'une nation. Il faudrait détruire
toutes le écoles manœuvrées par le syndicat des enseignants
japonais. Ne serait ce pas bien si toutes les écoles étaient
privées ? Le nombre des étudiants voulant les fréquenter
augmenterait de suite, de la Yacht school de Totska à la
high school Toshin. Tous pourraient choisir les écoles avec
de bons enseignants ; les élèves se perfectionneraient dans
l'art de piloter un yacht avec la formation spirituelle,
à la yacht school de Totsuka, ils apprendraient l'anglais
avec M. Saito, le célèbre professeur de Toshin. Et il suffirait
d'obtenir la reconnaissance officielle du diplôme d'école
supérieure. L'instruction scolaire publique actuelle pense
seulement à niveler les étudiants, à éviter d'assumer ses
responsabilités. Dans les écoles privées, l'enseignant éduque
sévèrement les étudiants en prenant ses responsabilités.
Si l'élève fait du bruit, le maître le gifle et lui dit
: " Tu ennuies les autres, tiens-toi tranquille. " ne dit-on
pas que celui qui fréquente une école privée a une parfaite
maîtrise des bonnes manières ? Aux parents, il ne reste
qu'à se tourner vers les écoles privées. Au contraire, les
écoles publiques forment des enfants médiocres, sans épine
dorsale, qui préfèrent leurs aises. Et pourtant, les enseignants
n'en ont pas la moindre honte, ils ne savent que prononcer
des discours hypocrites : " Nous cultiverons la personnalité
des élèves, ils ont tous de merveilleuses possibilités.
" Il paraît qu'il y a aussi des universités qui demandent
l'examen d'admission en un art spécifique, mais l'école
public n'aide certainement pas les étudiants à briller dans
un art !
Les enseignants ne sont que des imbéciles, en dessous de
tout. Ils sont fonctionnaires et ne peuvent pas être virés,
comme dans les chemins de fer autrefois ; et même pire :
il y a des enseignants qui ont molesté leurs élèves, sans
pour cela perdre leur place. Si l'enseignant d'une école
privée est un bon à rien, on le vire tout de suite. D'autre
part, les personnes de valeur sont engagées par les écoles
privées qui paient des salaires importants. Il faudrait
publier une classification des bons et des mauvais enseignants.
De toute façon, dans les écoles publiques du passé, on ne
s'alignait pas sur les cancres. L'enseignant disait : "
Le prochain va lire le texte. Celui qui est derrière Kitano.
" Il sautait mon tour. " Toi, tu ne travailles pas, donc
pas la peine que tu lises. " En sommes, il m'ignorait, et
ça ne m'ennuyait pas. Aujourd'hui les enseignants disent
: " Commençons par Kitano. " En conséquence, les meilleurs
étudiants n'en peuvent plus d'être alignés sur les cancres.
Dans les écoles privées, les enfants capables progressent
rapidement, les enfants stupides sont recalés. Certains
parents prétendent envoyer à l'université les enfants les
plus stupides, pauvres de nous ! Ils veulent contraindre
leurs enfants à mettre le paquet, et ne comprennent pas
qu'il ne sert à rien de tirer jusqu'au bord de la rivière
le cheval qui ne veut pas boire. Et pourtant, à force de
recommandations, ces mômes arrivent à l'université avec
la préparation d'un élève de quatrième. La seule chose qu'ils
apprennent à l'université, c'est à s'amuser comme des adultes.
Ils sont vraiment incorrigibles.
LES MOMES NE DOIVENT PAS AVOIR DE DROITS. A propos, qu'est-ce
que c'est que cette histoire où les mômes ont des droits
? Autrefois, les mômes, c'était à toi, tu pouvais les tuer,
les vendre si tu voulais, ça valait, en gros, autant qu'un
poussin. Maintenant, ces poussins sont devenus adultes,
on parle de leurs droits de l'homme ! Je suppose qu'il appartient
aux parents de décider s'il faut manger bouillis ou rôtis
leurs enfants de douze ou treize ans qui ne savent pas se
comporter en membre de la société. Mieux vaut les tuer que
s'excuser avec les autres des désastres qu'ils provoquent.
Quand un parent pense : " Rien de bon ne viendra de cet
enfant ", il ne lui reste qu'à le tuer. Ainsi, les enfants
s'efforceront d'être sages pour ne pas être tuer par leurs
parents.
La situation à dégénéré parce que cette peur a disparu,
dès que les parents se sont mis à dire que les enfants ont
le droit de faire n'importe quoi. Au fond, les enfants sont
comme les animaux, il peuvent faire ce que bon leur semble.
Ils trouveraient peut-être marrant de tuer quelqu'un en
le recouvrant de ciment ! Il n'y a pas moyen de les retenir.
Il est important d'éduquer les enfants afin qu'ils n'en
arrivent pas là. Les parents doivent terroriser leurs enfants,
physiquement et moralement, avant qu'ils aient la force
physique d'un adulte. C'est la même chose pour les chiens
de combat de l'espèce que l'on appelle " Tosa " : ils deviennent
des champions exceptionnels, mais, même grands, ils ne mordront
jamais les parents qui les ont mordus quand ils étaient
chiots. Puisque les enfants sont semblables aux animaux,
les parents doivent freiner leurs fils avec une certaine
dose de violence.
Autrefois, on frappait les enfants insolents. A l'heure
du repas, si un enfant disait : " Et ma part ? ", on lui
criait : " Y en a pas. Qu'est-ce que tu es, merde ? Reste
assis et tais-toi. " Aujourd'hui, seuls les enfants parlent.
En parlant, ils arrivent à connaître le sens de leurs mots
et apprennent à exprimer ce qu'ils veulent. Et même s'ils
sont casse-pieds, les parents ne savent pas dire : " Tais-toi,
va faire pipi, et au lit ! ". Au contraire, ce sont eux
qui restent assis en silence. Mettre tout en question, affirmer
son propre ego, on le définit " éducation démocratique ".
Les parents ne disent plus : "Les enfants, ne vous en mêlez
pas ! " Ils laissent les enfants être présents partout.
Si le père va boire avec ses amis, il ne va pas laisser
le mioche à la maison, non monsieur. Il le présente à tout
le monde. Le regard sournois, le gamin dit : " Bientôt,
j'irai boire avec vous. " Mais où a-t-il vu que des amis
s'amusent à boire avec un gosse ? Il va arriver qu'on l'entendra
dire : " Je veux aller voir les filles avec vous. " Dans
tous les cas, les parents sont trop indulgents avec leurs
enfants !
Quand tu prends le train, c'est plein de gosses qui font
un boucan infernal. La tendance s'est répandue à considérer
sa propre " family " comme la chose la plus importante.
Que les enfants s'amusent et peu importe que ça ennuie les
autres. Je le répète, on a plié l'hypocrisie de " sitcom
" américaine à leurs exigences, on a créé la " family ",
c'est ça le problème. On ne comprend rien au véritable individualisme
qui est le socle de la famille américaine, pas plus qu'au
rapport entre les droits et les devoirs. Dans le base-ball
aussi, on utilise sans rire des mots anglais bizarres, incompréhensibles
comme " open sen " ou " nighter " (Match amical et match
joué le soir). L'amérique nous a laissé les mots anglais
sans nous apprendre à nous en servir. Idem pour les idées,
on a hérité de mots, individualisme, droits, mais personne
ne nous a appris à nous en servir, d'où les conséquences
néfastes. Il y a quelque temps, en Amérique, il y avait
une mode des choses japonaises. On mettait des plantes dans
les braseros traditionnels, un obi servait de nappe. Le
pot du bébé était transformé en salière. Les japonais en
riaient beaucoup, mais probablement font-ils rire les américains
quand ils interprètent et utilisent à leur manière les mots
" individualisme " et " droits ". Les japonais attachent
beaucoup d'importance aux mots inhabituels, même s'ils ne
savent pas les utiliser. C'est pour cela que les copywriter
de dernier ordre sont si demandés. Les gens utilisent les
mots occidentaux, même s'il y a des équivalents en japonais.
Ils disent que ces mots sont " purs ". Mais merde, qu'est-ce
que ça veut dire ? Bande de cons, qu'est-ce que c'est cette
pureté ? Le niveau des mots s'abaisse sans arrêt, tout le
monde parle n'importe comment de concept ou de " trendy
", sans savoir s'exprimer dans sa propre langue. C'est pareil
pour les mots comme liberté et droits. Ceux qui en abusent
sont des bons à rien. Ils utilisent des mots étrangers bizarres
quand les mots japonais existent. Ils disent " sex " ou
" penis " pour camoufler la crudité de la langue japonaise.
Ce qui supprime le concept d'abstinence des plaisirs, la
tabou qui pesait à l'origine sur ces mots. On utilise donc
négligemment ces mots anglais (qu'on avait autrefois honte
de dire en japonais) en pensant que personne ne les comprend.
Il y eut un programme à la Radio-Télévision japonaise le
matin, intitulé " Toujours plus chaud ". Autrefois, c'était
ce que disaient les hommes qui bandaient. Les mots avaient
un sens précis, leur usage suivait des règles. Ceux qui
parlent des " droits de l'enfant " sont des nuls et des
misérables.
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