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KITANO
AU PLUS HAUT
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La
Palme, là voilà peut-être ! Car "L'été de Kikujiro", du
cinéaste japonais le plus intéressant d'aujourd'hui, raconte
un apprentissage de la vie qui va droit au coeur.
Metteur en scène au rayonnement international
depuis "Sonatine" (1993), Takeshi Kitano, 52 ans, est également
connu, dans son pays, comme chroniqueur, écrivain, polémiste,
acteur, peintre, comique et même animateur archipopulaire
de télévision. Si bien qu'il est devenu insuportable aux
yeux des Japonais, car, quoi qu'il fasse, ses compatriotes
finissent toujours par l'admirer. Et ce n'est pas "L'été
de Kikujiro" qui ébréchera la gloire toujours plus grandissante
de ce diable d'homme, auteur l'an passé d'un "Hana-bi" encore
dans toutes les mémoires...
"L'été de Kikujiro", donc, huitième long métrage de Kitano.
Mais le premier où le cinéaste nippon délaisse le polar
crépusculaire, les yakuzas et la violence sèche, histoire
de s'aventurer dans une sphère plus tendre. Celle de Masao
(magnifique Yusuke Sekiguchi), petit garçon habitant à Tokyo
avec sa grand-mère. C'est le début des grandes vacances.
S'ennuyant ferme, l'enfant se met en tête d'aller retrouver
sa mère qu'il ne connaît pas et qui vit quelque part au
bord de la mer. Il n'ira pas seul: une amie de sa grand-mère
lui flanque dans les pattes un ange gardien, Kikujiro (campé
par Kitano lui-même, extraordinaire).
Drôle d'ange gardien ! Glandeur, joueur un peu voleur, rugueux,
perpétuellement en pétard, vrai distributeur de jurons et
traînant un vague passé de truand, cette homme dans la cinquantaine
a tous les défauts. Toujours est-il qu'il part avec le petit
sur les routes du Japon, où commence pour l'insolite duo
une équipée jalonnée de surprises et de rencontres cocasses.
IRRESISTIBLEMENT DROLE
Disons-le, c'est pur bonheur de suivre ce mal embouché et
cet enfant livrés à eux-mêmes, tout au long de leur voyage,
mais qui vont déployer des trésors de débrouillardise pour
déjouer les chienneries de la vie. Mieux ! Se laissant imperceptiblement
attendrir par son très jeune compagnon Kikujiro, en chemin,
va multiplier les frasques, les bifurcations inattendues
et même, avec quelques complices d'infortune, les jeux délirants.
Le tout en parvenant à arracher de solides fous rires au
gamin triste et même à lui montrer que l'existence, quand
on s'y prend suffisamment bien pour lui voler ce qu'elle
a de meilleur, contient une providentielle part de magie.
Récit d'un apprentissage de la vie, "L'été de Kikujiro"
va droit au coeur. Difficile en effet, de ne pas se laisser
embarquer par ce film certes habile, mais jamais mièvre,
qui rassemble à l'écran l'esprit vagabond et les fraîches
insolences, les blessures d'âme et les facéties irrésistiblement
comiques de ses deux héros. bref, il y à là-dessous une
réussite touchante de simplicité. ET si David lynch et John
Sayles me devaient pas encore abattre leurs cartes, on jurerait
que le festival de Cannes 1999 tient déjà, avec "L'été de
Kikujiro", sa Palme d'or.
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