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" J'aimerais que ce télégramme soit le plus beau télégramme que tu recevras jamais. "
(Serge Gainsbourg in Overseas Telegram.)

C'est en octobre 1994 que je suis tombée amoureuse de Takeshi Kitano après avoir vu Sonatine au Festival de Sitges. Près de neuf ans plus tard, j'ai décidé de lui dire tout ce que j'aime chez lui. Ceci est une déclaration d'amour. Pas à l'homme, que je ne connais pas, mais à l'artiste et à son travail. Je souhaite qu'elle vous donne envie d'apprécier l'un, l'autre ou les deux.

Caroline Vié
Lettre à Takeshi

J'aime qu'avec vous, rien ne soit jamais simple.
Dès l'intitulé de la lettre, me voilà coincée. Je ne sais pas comment vous appeler.
Je ne vais quand même pas vous donner du Kitano-san. Je me sens trop proche de votre œuvre pour utiliser cette formule raide et m'adresser à vous en tant que " Monsieur Kitano ". Je ne suis pas certaine d'avoir très envie de fréquenter Takechan-man, votre super-héros, cousin nippon de Super Mario, qui martyrise les concurrents de vos jeux télévisés.
Tono-san, " Monseigneur ", ça semble difficile à dire sans glousser. C'est le surnom que vous donnent la " Gundam ", vos disciples, ceux que vous baptisez mi-figue, mi-raisin, votre " armée ". C'est ainsi que les samouraïs appelaient leur maître et si vous prétendez que c'est une blague, il me suffit de voir comment vous les traitez pour ne pas être tout à fait persuadée que vous plaisantez. Malgré l'admiration éperdue que j'éprouve à votre égard, je ne me vois pas en train d'affronter des bêtes sauvages, ni de me faire enfouir nue dans la neige, ni les pieds ficelés à des pétards pour voir si ça fait hana-bi (feu d'artifice) au sens propre du terme. On sait ce qu'il en coûte que de vous être inféodé même si il arrive à vos sbires de se venger, par exemple en vous faisant croire que vous allez brûler vif enfermé dans une boule géante tandis que les caméras traquent votre panique progressive et vos efforts désespéré pour échapper à l'incendie truqué. Ces délices ne sauraient me convaincre de m'enrôler. Excusez mon tempérament rabat-joie que je crains peu perméable à votre sens de la fête si particulier.
Beat Takeshi, votre pseudonyme d'acteur, me semble réducteur. Il évoque votre carrière de comique dont je n'ai pu entrevoir que des bribes puisque vous avez la mauvaise habitude de ne parler que japonais. Et moi celle encore plus blâmable de n'ânonner qu'une poignée de mots nippons avec un reste d'accent toulousain du plus heureux effet.
Takechan, appellation enfantine, derrière laquelle vous vous cachez quand vous faites des bêtises - et vous n'en êtes pas avare - me séduit davantage. Mais je ne suis pas certaine que vous apprécieriez...
Take-san, votre petit nom, c'est tentant mais peut-être un peu trop familier.
Comme ne pas nommer les gens est impoli et que je vous imagine plutôt rigoriste sous vos dehors anticonformistes, je vais arbitrairement me résoudre à vous appeler Takeshi. J'ai tant de choses gentilles à vous dire que j'espère que vous ne m'en voudrez pas de prendre cette liberté.

Takeshi,

J'aime l'idée que vous soyez Dieu
Je me souviens d'une émission diffusée sur la NHK (la chaîne nationale nippone) en octobre 2002 où vous assuriez la promo de Dolls en bon petit soldat. Le show avait pour titre Takeshi Kitano Meets Beat Takeshi. On aurait pu imaginer un plan schizophrénique où l'acteur déconneur aurait interviewé le réalisateur intello mais ce " Faux semblants " du pauvre n'aurait su vous suffire. L'émission évoquait plutôt la scène de Dans la peau de John Malkovich où l'acteur se trouve propulsé dans un monde peuplé à son image. Tantôt vieille dame, danseur hawaïen, samouraï ou paysan, vous jouiez tous les rôles. Il ne manquait plus que les dialogues soient réduits à des " Takeshi, Takeshi, Takeshi " pour que l'illusion soit totale. La séquence la plus marquante étant celle où, transformé en maître des marionnettes géant, vous vous faisiez évoluer vous-même dans un théâtre aux dimensions réduites. Les autres n'avaient plus leur place dans cet univers entre rêve et cauchemar où vous étiez à la fois Dieu et ses créatures.

J'aime votre posture
Dans vos films, votre calme serein, presque animal, n'a besoin ni de mouvement ni de parole pour dévorer l'écran. Votre silhouette, un peu voûtée aux jambes légèrement arquées, dégage une impression d'élégance douloureuse mise en valeur par des costumes souvent sombres (la chemise hawaïenne de Kikujiro est une rare exception). Pour la télé, vous laissez votre personnage de yakusa désabusé au vestiaire. Et vous vous tenez horriblement mal. Je ne parle pas des tenues ridicules que vous arborez (quand vous ne vous baladez pas carrément en sous-vêtements) ni des occasions (nombreuses) où vous avez montré votre zizi à la caméra. J'évoque les talk-shows où vous vous repliez sur vous-même comme une boule de timidité, affaissant votre mètre soixante-dix, planquant vos traits derrière votre main pour glousser spasmodiquement tout en vous tripotant le nez toutes les trois secondes trois quarts. Loin de vous rendre déplaisant ou vulgaire, ce malaise constant, quasi palpable, vous confère une humanité que je trouve profondément touchante.


J'aime votre visage
Vous avez un visage émouvant. Depuis votre accident de scooter en août 1994, son côté droit est resté paralysé tandis que le côté gauche est secoué de tics erratiques. Cette immobilité alliée à cette agitation frénétique communique à vos traits un aspect torturé qui me bouleverse sans que je puisse l'expliquer. J'aime la façon maladive dont vous vous touchez la joue droite pour voir si elle est encore là. Cela va bien au-delà de la beauté ou de la laideur. Votre visage reflète ce que vous devez être : un mélange de contrôle absolu, de fragilité et d'intense souffrance. Vous ne cachez pas vos blessures. Au cinéma, vous les transcendez. Regardant la caméra bien en face, vous défiez l'univers avec ce sens de la provocation paisible qui constitue votre charme le plus sûr.

J'aime que vous soyez indestructible
Vous débordez d'une énergie telle qu'il fallait un mur pour vous arrêter un moment. Ou plutôt une rambarde d'autoroute sur laquelle vous vous êtes incrusté à l'image d'un personnage de dessin animé. Comme vous étiez un brin bourré et que vous n'aviez pas attaché votre casque, vous vous êtes retrouvé dans le coma, le visage à demi broyé. Un souvenir qui vous fait toujours pouffer. Quelques jours après votre réveil, vous vous amusiez à faire semblant de ne pas reconnaître vos producteurs pour les effrayer. Et vous vous en êtes tiré. En refusant l'opération du cerveau qu'on vous conseillait. Et en faisant un bras d'honneur à ceux qui vous croyaient fini. Vous êtes reparti de plus belle, profitant de votre convalescence et de votre immobilité forcée pour vous initier aux grands classiques du cinéma et pour vous lancer dans la peinture. Deux mois après votre accident, vous vous remettiez au boulot. Comme si de rien n'était. Ou presque.

J'aime le principe du pendule
Vous clamez que votre accident ne vous a pas changé ce qui me fait sourire dans la barbe que je n'ai pas. Vous m'égorgeriez probablement si vous pouviez me lire mais je ne vous crois pas. Votre transformation physique s'est accompagnée d'une maturité indéniable dans votre mise en scène et dans vos scénarios où la rigueur est devenue... de rigueur. Kids Return, semi-autobiographie, amorçait la tendance que confirmeront Hana-bi et Dolls, votre œuvre la plus cruelle à ce jour. Comme votre visage qui s'émacie, votre cinéma tend à l'épure qu'elle soit monochrome ou vivement colorée (Dolls). Vos films et vos tableaux se rejoignent aujourd'hui pour former un ensemble totalement cohérent et abouti. Ce qui ne vous empêche pas de continuer à faire le clown sur petit écran à la moindre occasion. Je ne vois aucun autre cinéaste qui use ainsi de son image. Pour trouver un équivalent, il faudrait imaginer Theo Angelopoulous animant le Bigdil ou Patrick Sébastien réalisant Breaking the Waves. Vous avez comparé votre carrière à un pendule oscillant entre introspection et exhibitionnisme, entre questionnement philosophique et franche rigolade. Votre terreur est peut-être de cesser de surprendre. Les autres et vous-même. En accentuant à loisir les mouvements du pendule, vous retardez l'heure à laquelle il va s'arrêter.

J'aime votre " multi-phrénie "
Acteur, amuseur, scénariste, metteur en scène, monteur, peintre, romancier, auteur de bandes dessinées et d'essais sociologique, joueur de base-ball, commentateur sportif, animateur de jeux débiles et je dois probablement en oublier... Il n'y a guère que la chanson qui ne vous ait pas réussi. Vous chantez abominablement faux, Takeshi. Avec une conviction qui transcende le ridicule, sur des mélodies zim-boum-pouet où l'orgue genre Bontempi ne s'efface que pour céder la place au kazou. Je vous taquine sur la seule chose que vous ne savez pas faire pour mieux souligner la diversité de vos talents. Vous assimiler à un homme orchestre ne vous rendrait pas justice. J'envisage plutôt votre comportement comme les signes d'un profond mal de vivre, comme si choisir vous était impossible parce que cela impliquerait de vous regarder en face et de vous accepter. Vous vous métamorphosez à volonté à l'instar d'un Barbapapa névrotique. Vos multiples facettes forment un ensemble fascinant. Vous parvenez à être unique en étant chaque fois différent.

J'aime votre façon de devancer l'appel
Si il y a une chose que vous supportez encore moins que l'échec, c'est le succès. Convaincu qu'il ne saurait durer même après un quart de siècle au sommet, vous vous sabordez avec le délice du pirate qui ouvre une grosse voie d'eau pour éviter les baffes et qui coule sur son bateau qu'Astérix et Obélix ont finalement renoncé à attaquer. Si ce n'est que vous, vous restez à flots. Dès vos premiers pas sur la voie du succès, vous vous saoulez la gueule avant de passer à l'antenne, ce qui vous vaut d'être congédié une première fois. Devenu un comique célèbre, vous faites une descente chez le journaleux qui a publié des photos de votre maîtresse et vous vous faites virer sans perdre un iota de votre popularité. Après le succès d'estime du sobre Sonatine, vous signez Getting Any ?, l'un des films les plus crétins-stupides de la création. Et, par là même, l'un des plus attachants de votre filmographie. Vous vous y mettez tout le monde à dos, des intellos que vous scandalisez avec cette comédie d'une vulgarité invraisemblable aux amoureux de vos gags que vous traitez gaillardement de crétins frustrés. Et pour couronner le tout, à peine ce nanar déconnant bouclé, vous vous cassez la figure en moto, ce que vous décrivez vous-même tranquillement comme un suicide raté. Quelques années d'accalmie et c'est reparti. Après le triomphe d'Hana-bi, voilà Aniki, faux film américain (laminé par les Japonais qui vous traitent de vendu et pas vu par les américains qui s'en tamponnent le coquillard) et puis Dolls, projet casse-gueule s'il en fut, accueilli plus que froidement au Festival de Venise. Ne sont-ils pas tous un pied de nez à ceux qui vous portaient aux nues en croyant vous connaître ? A l'exception de quelques fidèles irréductibles, les critiques, enchantés de brûler ce qu'ils ont adoré, ne vous ont pas épargné. Si vous en souffrez très certainement, cela vous conforte aussi dans la certitude que vous aviez raison d'être pessimiste. Physiques ou intellectuels, vos suicides sont une façon de vous protéger d'une déception que vous croyez inévitable. Et votre conception de la mort volontaire me convient. Vous la considérez comme une assurance, un choix ultime quand tous les autres se seront dérobés.

J'aime les personnages que vous vous créez
J'aime que vos alter ego soient aussi bien capables d'enfoncer des baguettes dans l'œil d'un yakusa que d'inventer des jeux idiots pour consoler un gamin abandonné. J'aime la tendresse pudique et la violence soudaine qui s'en dégagent. Les oscillations du pendule sont plus que jamais évidentes dans les personnages que vous vous écrivez comme dans ceux que vous interprétez chez les autres. Vous ne vous donnez pas le beau rôle. Obtus, sadiques, tricheurs, vos héros sont lâches ou suicidaires, deux versants de votre sens de l'excès. Ils ont appris à l'école de la rue une débrouillardise instinctive qui les tire souvent d'affaires. S'ils se sont un peu humanisés au fil des années, ces fous furieux entraînent les autres dans la mort avec une royale indifférence sans pour autant être odieux tant ils gardent un côté attachant, une gaminerie tellement déplacée qu'elle en devient attendrissante. J'arrive même à me faire à votre côté macho (quoique ça, va quand même falloir qu'on en cause...) Vos rapports avec les femmes sont fascinants. Vous les traitez en objets sexuels rudoyés ou avec une tendresse apeurée un brin paternaliste où le contact physique se limite au strict minimum. Les relations avec les hommes sont tout aussi intéressantes. Les sodomies brutales que vous pratiquez sont les principales relations sexuelles que vous vous permettez à l'écran aussi bien dans Gonin ou dans Jugatsu, votre deuxième réalisation, où votre personnage (se) tape tout ce qui bouge. J'adorerais vous cuisiner à ce sujet. Rien que pour voir la tête que vous feriez.

J'aime votre violence
La violence, vous connaissez. Tabassé par vos parents (papa Kikujiro tapait sur toute la famille après bien boire et maman Saki vous corrigeait copieusement pour vous faire bosser à l'école) puis par vos copains, vous savez de quoi vous parlez. Les scènes de violence de vos films sont subites, brutales, jamais chorégraphiées. Elles correspondent à la réalité de ce que vous avez vu dans le quartier de votre enfance et devraient faire passer l'envie de devenir yakusa chez toute personne normalement constituée. Comme les gags dans vos films plus légers, elles surprennent et se déroulent parfois hors champ laissant le spectateur contempler le résultat souvent surréaliste (j'ai un faible pour le mot " mort " écrit avec des cadavres dans Anikii). Sans la sublimer, vous pouvez rendre la violence brutalement belle quand un jet de sang explose sur un mur ou que les éclats d'une fusillade se reflètent sur le visage mort d'un gangster qui a préféré le suicide au carnage. Si les passages durs sont souvent la seule chose que les gens retiennent de vos films, vous me permettrez de trouver cela injuste. J'aime cependant le fait que chez vous un coup de poing fasse mal, comme dans la vie, et c'est pour cela que je planquerai mes abattis après vous avoir posé la question sur la sodomie.

J'aime votre tendresse
Vous êtes un grand timide. C'est probablement ce qui fait passer le comportement détestable de vos personnages. Vous ne les aimez pas toujours non plus, ça se sent. Vous leur donnez pourtant de biens jolis moments. Quand vous couvrez votre femme endormie dans Hana-bi où que vous la serrez dans vos bras avant de l'abattre, quand vous renvoyez Omar Epps à la fin d'Aniki, ou que vous révélez votre prénom au gamin de L'été de Kikujiro, on sent poindre chez vous quelque chose de tellement fragile qu'on est profondément ému. Au cœur du burlesque ou de la tragédie, ces petites bulles de chaleur laissent deviner, par instant, une sensibilité à fleur de peau et un fond de naïveté qui donnent l'impression de vous avoir percé à jour avant que, de nouveau, vous ne vous dérobiez.

J'aime vos jeux... tant qu'on ne m'oblige pas à y participer
Votre désir de jouer est probablement l'un des aspects les plus constants de votre carrière. Dans votre cinéma, les jeux sont souvent cruels et ils n'amusent que le spectateur et vous. Les malheureux qui y participent rigolent nettement moins, que ce soit vos sbires sur lesquels vous tirez à balles réelles dans Sonatine ou le parrain attaché qui doit désigner la ficelle qui peut déclencher un coup de feu fatal dans Aniki. Même les " tontons " de Masao dans L'été de Kikujiro dégustent copieusement tandis que vous les obligez à se plier à vos inventions. En fait, tout vous fait rire pour peu que ce soit aux dépends des autres. Cette connivence de sale môme que vous entretenez avec le public de vos films doit se retrouver dans vos émissions. J'aime partager avec vous ces moments d'humour noir. Sur l'écran. Exclusivement.

J'aime ce que je ne connais pas
Vous faites tant de choses, Takeshi, qu'il est impossible de vous suivre... D'autant plus que la majorité de votre œuvre demeure inaccessible pour les Occidentaux. J'aimerais tant découvrir vos livres ( romans, essais, autobiographies, environ une cinquantaine de titres). J'adorerais vous entendre me parler d'art, de science ou de politique de votre voix si reconnaissable que les clopes ont rendu râpeuse comme une bande Velpeau. Je crois même que je regarderais les jeux débiles genre Interville en plus sadique que vous animez et que vous pourriez finir par me faire aimer le base-ball. Sans parler des téléfilms, des pubs, et des clips pour votre fille chanteuse que vous enchaînez. Et j'oubliais les tableaux, de plus en plus maîtrisés, que vous refusez de commercialiser. Le fait de ne pouvoir comprendre qu'environ 10% de votre œuvre est terriblement frustrant mais excitant aussi. Votre esprit donne l'impression d'une jungle foisonnante où toutes les aventures sont encore possibles. Dès qu'on a l'impression de saisir un pan de votre travail, l'étendue de ce qu'on découvre derrière donne le vertige.

J'aime vos contradictions
Vous dites détester faire le clown et vous vous promenez déguisé en lapin. Vous prétendez être timide et vous avez failli vous faire virer de la télévision à force d'y dire d'énormes grossièretés. Vous pouvez être tout et son contraire. Avec un naturel déconcertant. Sans pour autant perdre votre identité. Si vos films alternent calme absolu et gags ou scènes de violence, votre carrière - et votre vie - sont une fuite en avant perpétuelle. Comme si le fait de vous arrêter vous ferait couler à l'instar d'un requin. J'aime votre cinéma, c'est une évidence qui devait être dite. Mais, mon admiration pour vous va bien au-delà. Elle englobe tout ce que je devine, ce que j'ai l'impression de comprendre. Tout cela conjugué, me donne une profonde envie de vous connaître mieux. D'avoir la seule chose que vous ne pourrez probablement jamais me donner car il s'agit de votre bien le plus précieux : (un peu de) votre temps.

Takeshi, cette lettre est ce qu'on appelle un acte gratuit. Le manque de capitaux inhérent à la création d'un magazine indépendant comme Brazil n'est pas en cause. Je veux simplement dire que je vous ai écrit en sachant que vous ne lirez jamais ces lignes. C'est une idée douloureuse mais libératrice. Je n'aurais jamais pu être aussi franche si j'avais su que je vous livrais mes pensées. Je n'aurais probablement jamais osé vous parler du rire et des larmes que vous avez provoqués. Je ne vous aurais sans doute pas confié l'étrange fraternité que je ressens devant votre œuvre, cette impression de vous être si proche sans vous avoir rencontré. Je ne vous aurais sans doute pas avoué que je vous considère comme le plus grand cinéaste vivant. Ce que j'ai à vous dire tient en peu de mots. La vie est finalement bien faite. Ce sont à peu près les seuls que je sache dire en japonais. J'emprunte donc les uniques paroles de l'héroïne d'Hana-bi pour vous murmurer. " Merci. Merci pour tout.

CAROLINE VIÉ