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OFFICE KITANO

[ Masayuki Mori ]
La société Office Kitano est inhabituelle dans son fonctionnement. Elle a été crée pour gérer les affaires du comédien Beat Takeshi. Elle est devenue compagnie de production et de distribution de films, ce qui est très rare. J'ai été très impliqué dans la production dès le premier film de Kitano, Violent Cop (bien que je ne figure pas au générique). J'ai constaté des conflits entre la production et la distribution. En fait, A Scene at the Sea, son troisième long métrage, était déjà une production maison. Par la suite, j'ai tenté de produire efficacement ses films, mais il y avait toujours des désaccords avec les grosses compagnies. Après Getting Any ?, son cinquième film, un désastre commercial, nous nous sommes mis au projet suivant. Il venait d'avoir son accident de moto. Les majors nous ont ignoré, ce qui nous a forcé à nous produire nous-mêmes pour tous les films ultérieurs, à commencer par Kids Return.

Pour les gros distributeurs japonais, un succès, c'est faire énormément d'argent, avec des procédés de lancement commercial standardisés. Mais, selon nous, la priorité, c'est le talent de Kitano et ses films ; nous avons donc besoin d'élaborer, pour chaque sortie, les moyens de promotion de lancement adaptés au lancement du film. Kitano pourrait ainsi avoir l'idée d'un film à fort potentiel commercial qui attirerait les gros studios et, après cela, avoir envie de faire un petit film très pointu. Ainsi Hana-Bi a eu une sortie optimale en circuit indépendant : trente salles au Japon, dont trois à Tokyo ; notre objectif était de durer vingt semaines, pour un public de cinéphiles. La configuration est différente pour L'Été de Kikujiro, où nous codistribuons avec une grosse compagnie. La sortie s'est effectuée sur 95 copies, dont 9 grandes salles à Tokyo. Le public potentiel est bien plus large que celui d'Hana-Bi. Il n'y a pas de violence, le film peut attirer les familles… Mais il n'est prévu que pour 6 semaines.

Hana-Bi a constitué un tournant en matière de reconnaissance internationale. Après le Lion d'or à Venise, il a été distribué dans trente pays. Il a eu un très gros succès dans le circuit art et essai. Du coup, Kikujiro s'est encore mieux vendu à l'étranger. Les recettes générées contribuent à rassurer nos investisseurs, qui ont misés sur ces films commercialement risqués. Pour Hana-Bi, la télévision japonaise était coproductrice, mais il y a eu des problèmes de censure et de montant des ventes. Si bien que, pour notre dernier film, nous avons eu deux autres producteurs : Bandai Visual, branche audiovisuelle de la firme de jouets, et la radio Tokyo FM. Le distributeur Nippon Herald a aussi avancé de l'argent.

La popularité de Takeshi Kitano à la télévision n'est d'aucune aide pour promouvoir ses films, car son travail cinématographique est à l'opposé de ce qu'il fait pour le petit écran ; au contraire, il faut tout un travail de communication pour le faire prendre au sérieux en tant que cinéaste, et expliquer au public que ses films sont autre chose qu'une extension des shows télévisés. C'est pourquoi je me heurte aux gros distributeurs, avides de profiter de sa célébrité télévisuelle. Kitano a des publics très différents selon ses activités. Il a écrit une cinquantaine de livres, dont les admirateurs ne sont pas les mêmes que ses spectateurs de télé, ni les fans de ses films. J'ai rencontré Kitano il y a vingt ans, en réalisant un de ses shows télévisés. Sa façon d'improviser au tournage est une sorte de légende, mais ce sens de l'improvisation, je le connais pas cœur depuis nos années à la télévision.

Sur Violent Cop, son premier film, je jouais surtout un rôle de traducteur entre lui et son équipe… Bien sûr, on parlait la même langue, mais sa façon d'exprimer ses idées étaient souvent énigmatique et plongeait les gens dans la perplexité ! On fait très attention, dès la préparation. Il y a des réunions d'écriture, où son synopsis s'enrichit de façon collective, et tout est consigné par écrit. Pendant le tournage, il faut veiller à maintenir une compréhension totale entre la production, l'équipe et lui. Le tout est d'anticiper ce qu'il va dire et d'essayer de prévoir ses idées, au lieu d'attendre qu'elles viennent, puis s'efforcer de les suivre ! En même temps, Kitano est très facile au tournage, très conscient du budget et soucieux de ne jamais le dépasser. La seule chose dont il se fiche, se sont les recettes au box-office !

[ Masayuki Mori ]